ASEM : profession méconnue

Comment parler du métier des professeurs des écoles sans décrire celui des ASEM ?

Les «agents spécialisés des écoles maternelles » travaillent de concert avec les enseignants, pour tous les élèves scolarisés entre 2 et 6 ans, de la toute petite section à la grande section.

Découverte du métier, en 2 portraits :

Marion, 24 ans

« Le savoir-être avec les élèves et l’enseignante, ça ne s’explique pas… »

Elle a toujours su qu’elle souhaitait travailler avec les enfants. Son premier stage en tant qu’ASEM fut un « déclic », une « émotion forte ».

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« Ce que j’apprécie tout particulièrement, c’est le fait d’être avec les enfants : les voir évoluer, les aider à faire des progrès, et partager cela avec l’enseignant », décrit Marion. Sur le fond, la trame de son enthousiasme est donc bien la même que celle de tout professeur, du premier comme du second degré : le désir de participer à l’épanouissement de l’enfant en lui transmettant le nécessaire, et le goût de travailler dans l’échange.

En 2012, CAP « Petite enfance » en poche, Marion a cherché à préciser sa recherche d’emploi en effectuant des stages et des remplacements dans l’objectif de devenir auxiliaire de puériculture, auprès de nourrissons, ou en tant qu’ASEM, auprès d’enfants en âge scolaire. « Lorsque j’ai découvert le travail en école, j’ai ressenti un déclic, et même une émotion très forte. Et ce qui est incroyable, c’est que ma mère est ASEM, et que ma grand-mère était ASEM ! ». Au fil des remplacements qui suivent, la jeune femme cerne donc les contours du métier, tout en écoutant attentivement les conseils de sa mère.

« La formation et les stages permettent d’apprendre tout ce qui a trait à la préparation du matériel, le guidage des ateliers. Mais le savoir-être avec l’enseignante et les enfants, cela, ça ne s’explique pas de manière théorique ! L’équilibre, il faut le gérer tout au long de la journée, tout au long de la semaine, tout le temps… »

Balade mère-fille. Marion écoute… les explications quant à la confection du dernier cadeau « fête des pères », de la classe dans laquelle Véronique est ASEM.

Détaillons donc le quotidien de la classe…

…avec franchise et précisions, puisque Marion et moi avons travaillé ensemble pendant 7 mois ! Nul besoin pour elle de me dire son plaisir de travailler avec les élèves : je l’ai observée, tout au long de l’année. Attentive à mes « lionceaux », je me suis aussi parfois arrêtée sur sa manière d’être à elle, auprès de ces petits. Et j’ai tellement apprécié, aussi, sa capacité à partager d’un regard avec moi et avec les deux AVS (*) de la classe, une difficulté ou une joie : un enfant en retrait, un enfant malheureux ; un enfant qui comprend, un enfant qui s’ouvre, dont les yeux s’illuminent… La vie de la classe est faite de ces moments mêlés ; Marion les ressent, et interagit avec délicatesse pour que tout se passe au mieux.

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Cela étant, le positif étant dit et partagé, quels sont donc les écueils ? Auprès des enfants, Marion pourrait avoir tendance à s’inquiéter de « ne pas y arriver », dit-elle. Comme tout enseignant, et comme tout parent, certains jours lui laissent la désagréable impression de ne pas avoir réussi à rassurer, calmer, guider l’enfant. Selon les cas, mais plus particulièrement avec les enfants au comportement agité et/ou anxieux, elle s’interroge. « J’ai du mal à accepter de ne pas réussir à cerner un enfant. Je sais que je ne porte pas la responsabilité des apprentissages, bien sûr, ni du comportement, mais c’est vraiment difficile à vivre pour moi, quand je vois un enfant qui n’est pas bien. Je me demande ce que je peux faire de plus… Mais au final, je sais qu’il faut se remettre dans son rôle. Chacun fait le maximum. Et parfois, ça ne fonctionne pas. »

Que dit-elle de la relation avec l’enseignant ?

Rappelons que le professeur des écoles est responsable des apprentissages. Le rôle de l’ASEM, certes plus discret aux yeux des parents, sans responsabilité pédagogique officielle, n’en n’est pas pour autant moins important. L’accompagnement des élèves tout au long de la journée en veillant à leur bien-être, l’organisation matérielle des ateliers, le guidage d’un entraînement prévu par l’enseignant, sont des missions essentielles pour l’équilibre de la classe et le bien-être de l’enfant au sein de l’école. « Ce qui peut être compliqué, parfois, c’est quand il n’y a pas de communication avec l’enseignant sur le déroulement de la journée», constate-t-elle : dans ce cas, Marion dit dépenser « un surcroît d’énergie », parce qu’il faut alors anticiper sur différents scénarios possibles. L’évocation de cette difficulté souligne les qualités d’organisation, d’anticipation, d’autonomie et d’efficacité requises pour le métier d’ASEM. Et même Apolline –dans le portrait suivant-, décrit bien la difficulté de l’exercice : même si la communication avec l’enseignante passe très bien, même si elle capitalise 36 ans d’expérience, mettre en place certains ateliers (comme les arts visuels, la peinture) pour un grand nombre d’enfants, et s’organiser pour que tout le travail (de l’installation au nettoyage), se déroule dans le temps imparti, peut être stressant.

« C’est un travail d’équipe ! »

Plus largement, la qualité des échanges entre l’enseignant et l’Asem est donc essentielle. « Chacun a son propre caractère, et on forme un binôme », résume Marion. « A mon sens, c’est un travail d’équipe ! Au final, je n’ai jamais eu de problème, et je me suis toujours sentie très heureuse dans toutes les équipes où j’ai travaillé : que ce soit avec les enfants ou l’enseignante, avec l’équipe toute entière, la relation se construit dans le temps.»

La relation aux parents, elle aussi, questionne parfois Marion. Elle reconnaît être très timide, et trouver délicat de répondre aux questions sur le déroulement de la journée. « Je pense aussi que ce n’est pas à moi de répondre, et je me dis que je n’ai pas à aller plus loin. Du coup, il faut trouver les mots pour répondre sans trop en dire… ».

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Cela étant, elle ne voit pas d’autres difficultés au métier. Et lorsque je l’interroge sur les heures de ménage, qui font aussi partie du quotidien, sur les douleurs du dos dont elle souffre beaucoup, parfois, elle répond : « C’est vrai, le ménage, c’est usant. Mais cela fait partie du métier. Et c’est moins fatiguant que de se remettre en question pour un enfant, parce que là, c’est une fatigue morale… ». De fait, Marion analyse parfaitement son fonctionnement dans le métier : « Le travail avec les enfants, c’est ce qui m’intéresse le plus. Donc c’est aussi ce qui me questionne le plus ! »

(*) AVS : assistant de vie scolaire : adulte présent auprès d’un ou de plusieurs élèves nécessitant une aide spécifique.


Apolline, 55 ans

« La connaissance contribue à la reconnaissance »

36 ans d’expérience, et toujours un plaisir évident d’exercer : en racontant son métier, Apolline témoigne d’une posture qui éloigne toute lassitude.   A suivre !

Classe de PS-MS, matinée, le 26 mai 2015, dans une école de 9 classes, à 30 kms de Rennes. L’enseignante, Nolwenn, a précisé les ateliers pendant le premier temps de regroupement, en début de matinée. Pendant ce temps, active et silencieuse, Apolline, l’ASEM a installé tout le matériel nécessaire sur les tables. L’atelier qui suit, pour elle (confection du cadeau de fête des pères), est ensuite un temps de motricité fine, qui nécessite beaucoup de persévérance de la part de ces petits élèves.

Le travail s’engage, et elle encourage : «Allez, on continue, on tourne ! Tu l’aimes beaucoup, ton papa. Il va être content !… » Attentive, elle ne fait jamais « à la place de ». Guidant tout en restant en retrait, ses mains sont constamment au côté de celles des petits, pour positionner l’objet et faciliter le travail lorsque c’est nécessaire.  « Tu travailles ce matin, et cet après-midi, tu feras la sieste. Tu auras tout l’après-midi pour récupérer. Alors un petit effort ce matin ! Allez ! »

Complexité du métier : l’énergie donnée est immense, mais doit toujours être calme, et même apaisante. Apolline parle d’une voix chantante, doucement, lentement. Elle écoute et encourage les mots des petits, qui ne viennent pas toujours dans le bon ordre, pas toujours facilement…

Mais en vérité, l’énergie donnée, tout au long de la journée, ne se mesure que si on la suit, pas à pas, de poste en poste : installation des ateliers, dos courbé à longueur de travail ; accompagnement des élèves, attention et vigilance ; rangement, préparation du matériel, les doigts, les bras, les épaules en action perpétuelle ; accompagnement et repas à la cantine, les plats à bout de bras, puis le dos courbé au-dessus de chacun, pour couper la viande et aider à tous ces petits gestes, un nombre incalculable de fois ; puis installation des matelas pour la sieste…et le rythme ne faiblit pas jusqu’à la garderie du soir.

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« La fatigue physique, je la ressens quand je rentre chez moi : je n’ai qu’une envie, m’asseoir dans mon canapé et faire 30 minutes de relaxation ! » Mais Apolline ne se plaint pas : « C’est un métier très agréable, dit-elle de sa voix toujours gaie : il y a tellement d’aspects positifs ! » Ce qu’elle aime le plus ? « La relation avec les parents et les enfants. J’ai toujours aimé les enfants, depuis mon plus jeune âge. Il y a beaucoup d’échanges, beaucoup de sourires ! » Concernant les parents, Apolline reconnaît sa chance, de travailler dans la même école depuis longtemps, et dans une ville où un certain nombre de familles demeurent. « Dans la classe, seulement 8 familles sur 30 sont nouvelles. Les autres, on les côtoie depuis longtemps. Il y a donc une conscience du travail fait de la part des parents. La connaissance contribue à la reconnaissance ! Ainsi, concrètement, ce matin, trois mamans sont venues dire merci, à l’enseignante et à moi, pour le cadeau de Fête des Mères. »

Petite parenthèse autour de ce nombre « 3 ». Trois mamans ? On pourrait être tenté de dire : « seulement ». Apolline accueille ces mercis comme des cadeaux, sans attendre ce qui n’est pas. Leçon de joie, sans rien d’artificiel.

Autre point qu’elle apprécie par-dessus tout, l’ambiance d’équipe. Le café partagé avec les enseignantes y contribue. Et Apolline parle de ce qui participe à l’enthousiasme : la reconnaissance des parents, mais aussi celle du chef d’établissement, qui encourage et qui écoute, et celle de toute l’équipe pédagogique. Autre facteur de motivation, l’adéquation entre ses goûts personnels et les qualités requises pour le métier. « C’est un métier très manuel », décrit Apolline, elle-même passionnée par les arts plastiques, la créativité, le bricolage. Utiliser ses qualités au service du travail effectué avec les élèves est épanouissant. De ces différentes caractéristiques du métier, qu’elle apprécie, peuvent aussi découler d’éventuelles difficultés. Apolline constate (comme Marion, dans le portrait précédent), qu’un enseignant qui communique peu occasionne, sans s’en rendre compte, un surcroît de préparations matérielles. « Il faut s’entendre avec l’enseignant, et c’est tout un art ! Il faut que chacun soit souple, que chacun trouve sa place. Et lorsque l’enseignante et l’ASEM s’entendent bien, les enfants le sentent, et c’est bien pour eux ! » Autre difficulté, l’ampleur des préparations matérielles, parfois. Et Apolline de comparer : « Autrefois, on avait une cinquantaine d’enfants par classe. Mais c’était complètement différent. D’abord, ils étaient très obéissants. Et puis, les ateliers étaient différents, et ils respectaient les règles. Aujourd’hui, les ateliers sont beaucoup plus recherchés. Autrefois, on faisait beaucoup d’apprentissage de graphisme et d’écriture, très tôt. Au final, les préparations matérielles sont aujourd’hui beaucoup plus conséquentes, et les ateliers demandent beaucoup plus d’attention. »

Constats posés, sans jugement…

Cela étant, encore une fois, aucune critique vis-à-vis de l’évolution du comportement des enfants. Tout comme Monique (l’enseignante aujourd’hui à la retraite, qui témoigne dans la rubrique « Enseigner sans s’aigrir »), Apolline a conscience de l’évolution de la vie des familles. « Les jeunes couples ont souvent des vies professionnelles très actives. Et les enfants sont parfois bousculés dans leur rythme, donc énervés. » Autre évolution importante, les familles arrivent de toute la France, et les grands-parents sont souvent trop éloignés pour aider. Les heures de garderie sont parfois longues, même pour les plus jeunes. Ces constats posés, sans jugement, Apolline nourrit le perpétuel souci du bien-être des élèves.

DSC_0536« Je suis mamie. Alors j’écoute ce que me raconte mon petit-fils, sur la manière dont il vit l’école. Quand je l’écoute, je me dis que je ne suis peut-être pas attentive autant que je le voudrais à chacun. Nos élèves sont nombreux, mais je me dis qu’il faut que je sois attentive, encore plus, à toutes leurs petites demandes… »

Dernière difficulté vécue, Apolline reconnaît souffrir des épaules. Un sourire, et elle dit seulement : « un peu d’ostéopathie et d’anti-inflammatoire quand les douleurs sont trop importantes, ça ne se voit pas ! » Au-delà de sa discrétion, se cachent les tendinites à répétition. « Les mains travaillent toujours, les doigts sont sollicités sans cesse. Mais on en revient toujours au même : quand on aime son métier, ça nous aide à tenir ! Et puis on sait que les vacances nous attendent, pour que le corps se repose. » Autre facteur de tranquillité, Apolline explique que « même si nous sommes responsables de la sécurité des enfants pendant les temps de garderie, ce sont les enseignants qui ont la responsabilité des apprentissages. Quand nous rentrons le soir chez nous, nous avons travaillé pendant 10 heures à fond, mais on n’a plus rien à faire, on peut se poser. Alors qu’un professeur des écoles, lui, se replonge dans ses préparations. »


Le moment le plus stressant : le temps de sieste

Imaginez, un début d’après-midi, 30 enfants âgés de 2 ou 3 ans, qui doivent se reposer, dans une salle de sieste, chacun sur une petite couchette…

« Tout le monde doit penser que c’est un moment calme », reconnaît Apolline, « mais il y en a toujours un ou deux qui ne veulent pas dormir, et qui cherchent à réveiller les autres ! Il faut les mettre au calme, sans jamais s’énerver soi-même. Mais parfois, vraiment, on pourrait avoir envie de se fâcher ! Et au final, c’est pour moi le moment le plus stressant de la journée. Et quel bonheur quand ils dorment tous ! »

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