Ludovic : année de validation

Le portrait qui suit, celui de Ludovic, qui a réussi à obtenir le concours après de nombreuses tentatives, est celui d’un jeune homme passionné. Tout comme Vincent, il a la vocation…  Cette année a une tonalité spécifique : à mi-temps dans une école dans laquelle beaucoup d’élèves ne parlent pas le français à la maison, et à mi-temps en formation, Ludovic exerce le métier tout en ayant le temps d’approfondir des questions essentielles. Parmi elles : comment exercer sans se lasser, avec enthousiasme, malgré les difficultés ?


Premier bilan : fin septembre 2015

Voilà quatre semaines qu’il a pris son poste dans une classe de Moyenne et Grande Section comportant 21  enfants de nationalités différentes, sur un total de 28 élèves.

D’emblée, Ludovic parle de la relation aux parents d’élèves de sa classe. Situons le contexte : le jeune enseignant est en poste à mi-temps, et en formation également, avant sa validation définitive par l’inspecteur de l’éducation nationale. Il exerce dans une école où beaucoup d’enfants issus de l’immigration entendent pour la première fois la langue française à leur entrée à l’école maternelle. « La barrière de la langue fait que la relation aux familles est, parfois, différente », observe-t-il.

Mais déjà, le dialogue commence à se tisser. Ludovic décrit ce qui vient d’être entrepris avec une famille dont l’enfant a eu besoin d’un aménagement de son temps scolaire. D’un côté, la réactivité de l’école dès les premiers jours de classe, de l’autre, la compréhension des parents : les deux ingrédients ont permis de mettre en place, rapidement, une première solution pour aider l’élève. Celui-ci vient désormais, pour le moment, uniquement l’après-midi, excepté le vendredi pour lequel il vient toute la journée. « Depuis cet aménagement, cet enfant a un rythme adapté à ses besoins et il progresse. J’arrive à entrer en communication avec lui, même si ce n’est pour l’instant qu’en relation duelle.»

Pour cette année de validation, Ludovic conjugue un mi-temps en classe, avec sa formation. Une articulation qui lui permet de chercher des pédagogies adaptées.

Pendant cette année de validation, Ludovic conjugue un mi-temps en classe, avec sa formation. Fréquentation assidue de la bibliothèque, à la recherche de techniques pédagogiques adaptées.

De ce que transcrit Ludovic, on perçoit la dynamique de l’équipe dans laquelle il s’inscrit. Exemple concret : les enseignants ont transposé une technique utilisée au centre de formation. Une fois par mois, ils se donnent un temps spécifique pour analyser une difficulté vécue par l’un d’entre eux. Lors de ce travail totalement disjoint des temps de concertations, chacun livre un problème lié à la pédagogie, ou à la gestion d’un comportement d’un élève, ou même à la mise en œuvre d’une adaptation de la scolarité pour un enfant. L’équipe choisit une situation, puis la décortique pour trouver des pistes de solutions.  « En arrivant, on se demande qui va parler…En fait, c’est génial : on livre nos difficultés, on ne repart pas avec notre mal-être, et on imagine tous ensemble des actions à mettre en œuvre. » Et cela d’autant plus qu’une personne référente du réseau pour la gestion des situations difficiles intervient, à plusieurs reprises dans l’année, pour apporter son expertise.

« Quelle que soit l’école où je serai titularisé l’an prochain, ce qui va me manquer, ce sont des formations sur les enfants à besoins spécifiques », projette Ludovic. Le stress de l’obtention du concours étant dépassé, sa réflexion porte désormais sur les techniques pédagogiques susceptibles de répondre aux besoins des élèves qui n’entrent pas dans les apprentissages. Déjà, se dessine son profil d’enseignant : enthousiaste, tout en étant soucieux de répondre au plus près aux besoins de chaque élève.

Ce questionnement ne l’empêche pas de s’engager. Ludovic est généreux de son énergie ; les parents le perçoivent instinctivement : « Je ressens énormément de confiance », dit-il : « J’ai des sourires tout le temps ! ». Dans ce quartier où certains habitants parlent très bien le français, et d’autres peu ou pas du tout, le jeune enseignant observe, et savoure : « Les gens se connaissent, ici. Ces parents ont le sourire dans le mot, une joie de vivre, un bonheur, je trouve ça génial ! La diversité est enrichissante… peut-être aussi parce qu’elle implique de trouver, ici plus qu’ailleurs, des réponses adaptées à chaque élève. »


Quelques jours avant la rentrée : 24 août 2015

Motivé depuis toujours pas le métier d’enseignant, Ludovic a effectué des suppléances pendant 6 ans.

Fait marquant de son parcours, il explique « avoir fait le pari de reprendre les études, il y a deux ans, pour se former aux attentes du métier, en se remettant en question quant à (son) expérience de suppléant, pour préparer sérieusement le concours ». Pari gagné, en 2015.

L’année à venir sera donc celle de sa titularisation.

Concrètement, il exercera à mi-temps dans une classe de Moyenne-Grande Section, dans une école de 13 classes, au côté d’une co-titulaire, Fabienne. Et il suivra des cours théoriques au centre de formation, le reste de la semaine.

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Premières impressions recueillies le 24 août, dans sa classe vide d’enfants…

« Je suis plein d’enthousiasme ! Et en même temps, j’ai une appréhension, la boule au ventre, comme tout enseignant… Je crois que mon questionnement, aujourd’hui, c’est de me demander comment je vais me positionner en tant que co-titulaire, et plus en tant que suppléant, comme je le faisais jusqu’à présent. Cela dit, je suis plein d’entrain ! »


Début avril 2016 

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Ludovic vient d’être inspecté. Cette visite est une étape très importante, avant la validation définitive de chaque enseignant-stagiaire.

Pour poursuivre ce témoignage entamé en début d’année, retour sur son parcours pour dégager les point-clefs de sa pratique.

Capable de s’émerveiller des sourires des élèves, de chercher inlassablement une solution pour chacun, tout en ayant conscience du fait que le métier peut être enfermant… il démontre qu’un enseignant est, aussi, un chercheur dans l’âme, déterminé et optimiste !

– Ludovic, merci de nous resituer ton parcours…

Ludovic : « J’ai fait 6 ans de suppléance, puis j’ai repris mes études pour valider un master « métiers de l’éducation ». Au total, j’ai passé 8 fois le concours, mais je n’avais pas le temps de le préparer correctement lorsque j’effectuais des suppléances. En 2015, l’année du Master 2, j’ai obtenu deux moutures de concours différentes : le concours réservé, accessible aux suppléants ayant totalisé un nombre d’années de travail suffisant, et le concours externe. »

– Comment as-tu réussi à rester motivé, malgré les échecs aux concours successifs ?

Ludovic : « En réalité, je n’ai jamais pensé… que cela ne marcherait jamais ! D’abord, j’ai toujours réussi à passer la barrière des écrits. Et puis, concrètement, j’ai toujours effectué les suppléances avec un vrai bonheur. Jamais je n’ai eu du mal à aller travailler ; j’ai toujours eu envie de continuer, même quand mon poste était loin de chez moi. Et puis, mon travail pour les élèves a toujours été apprécié. Que ce soit de la part des collègues, ou de la part des tuteurs qui sont passés dans mes classes pour me guider, j’ai toujours été encouragé. Et les parents, eux aussi, m’ont toujours fait de bons retours. »

– Les suppléances sont-elles un « plus » pour obtenir le concours ?

Ludovic : « Elles donnent des connaissances sur l’école, le système… mais peut-être trop, dans un sens. J’ai passé la barrière de l’écrit à chaque concours que j’ai passé, mais j’ai été refusé aux oraux. Je pense aujourd’hui que je devais dire les choses telles que je les percevais, telles que je les vivais, mais que ce n’était pas forcément comme cela qu’il fallait faire. Le Master prépare au concours : le résultat est là. »

– Comment analyses-tu tes motivations pour ce métier ?

Ludovic : « Aucun membre de ma famille ne travaille dans le milieu enseignant. J’étais bon élève ; j’ai toujours aimé l’école. Je me souviens de mon stage de 3ème : j’étais allé observer des professeurs des écoles. Même si j’étais incapable d’analyser leurs pratiques, j’étais tout simplement heureux de me retrouver dans une classe !

Ce qui me motive, ce que j’aime, c’est de pouvoir aider un élève à comprendre. Dans n’importe quel domaine, que ce soit la grammaire ou autre chose, quand l’enfant comprend, réussit, c’est remarquable ! On se demande comment il fonctionne, comment cela fonctionne à l’intérieur de son cerveau : parfois pour que cela ne « passe » pas, et puis quand la réflexion et les automatismes se mettent en place . Quand c’est plus dur, c’est un challenge… et moi aussi, je continue d’apprendre, en cherchant des idées, des solutions. Peut-être que j’idéalise encore le métier ! En tous les cas, je me dis qu’il peut toujours y avoir un levier, que je peux toujours travailler pour chercher. »

– Ce que tu expliques là, c’est l’idéal !… Mais quand un ou plusieurs enfants ont un «comportement difficile », et que la classe en devient parfois très compliquée à gérer, dans ces moments-là, comment vis-tu ?

Ludovic : « Je regarde les enfants qui sourient… ne serait-ce que ça. Le sourire qui arrive à 9h00, après avoir quitté maman. Dans certains cas, il y a des situations familiales très dures ; c’est la réalité de la vie. Pour ces enfants-là, l’école, c’est au moins quelques heures de la journée où l’élève ne pensera pas aux soucis de la maison. Et c’est bien : c’est bien, que l’école permette à l’enfant de créer sa place à lui.

Quand un enfant s’énerve et balance les objets autour de lui, cela me heurte. Mais au final, s’il ne s’est pas mis en danger, ni lui ni les autres, je l’accepte. Mais il m’est arrivé aussi, pendant certaines suppléances, d’accueillir un enfant qui insultait, qui renversait des tables, qui se mettait en danger et mettait en danger les autres… là, je me sentais dépassé. Et j’avais l’impression que je pouvais partir en vrille. Il y a des choses qui nous dépassent, et qui dépassent les enfants eux-mêmes. Dans ces cas-là, ce qui m’a fait tenir, c’était l’appui des familles, et le travail partagé avec les spécialistes extérieurs. Et puis on recale les objectifs : le premier, c’est parfois que l’enfant trouve sa place dans la classe en tant qu’élève, avant même de penser aux apprentissages… »

– As-tu parfois d’autres sources de découragement ?

Ludovic : « Les préparations sur papier sont parfois fastidieuses. Tu as les idées, tu sais comment tu veux mener la séquence, mais il faut que ce soit écrit. C’est parfois très utile, pour préciser le déroulement des séances, et je comprends que ce soit nécessaire pour qu’une personne extérieure puisse juger de la pédagogie choisie. Mais c’est parfois du temps en moins à réfléchir sur une situation pédagogique qui pourrait être plus pertinente… »

A ce sujet, celui du temps de travail « caché », celui qui ne se joue pas dans la classe devant les élèves, tu as dit qu’aucun membre de ta famille n’est issu du milieu enseignant. De fait, comment conjugues-tu ton métier et ta vie privée ?

Ludovic : « L’école, quand on aime son métier, c’est un univers… Et tu peux vite t’y enfermer, si tu n’as pas un réseau amical et familial qui te sort de ça. Je ne pourrais pas parler que de mon travail… et pourtant, quand on se retrouve avec des amis enseignants, on ne parle que de boulot ! Ce qui est enfermant, ce sont les préparations, la correction des copies. Tu as vite fait de passer ton week-end à préparer : c’est super, tu as préparé ta classe à fond, elle est nickel… mais… tu n’as rien fait d’autre !

Donc pour moi, la solution réside dans mon organisation de la semaine : pas d’ordinateur le soir, je préfère me lever tôt ; et puis j’ai calé précisément mes temps de travail et mes temps de loisirs. »

– Madeleine, dans son témoignage, listait des points d’équilibre. Les vis-tu comme elle ?

Ludovic : « Oui. Je peux ajouter que, pour moi, l’équilibre passe aussi par l’acceptation que rien n’est parfait.

Il y a toujours une frustration : on peut se dire : «  j’aurais pu préparer cette séquence différemment ; j’aurais aimé que cette séance fonctionne mieux ; j’aurais pensé que cet enfant-là allait comprendre… » Il faut accepter que tout ne fonctionne pas comme on le souhaiterait, et c’est difficile, pour moi, de me faire à cette idée. J’aime les choses calées, et bien carrées. C’est paradoxal, parce que j’accepte chaque enfant comme il est, qu’il ne comprenne pas, qu’il fasse des erreurs. Mais j’ai du mal à accepter mes propres imperfections ! »

Pour retrouver la première partie de ce témoignage, cliquez sur : "Ludovic, année de validation."

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