Véronique : parcours d’une reconversion

Le portrait qui suit, celui de Véronique, qui s’est reconvertie après avoir travaillé en entreprise, se déroule sur l’année scolaire 2015-2016. Principe adopté : nous nous rencontrons régulièrement, pour faire le point sur sa première année d’exercice. Expérience et regard d’une femme qui a toujours eu envie d’exercer le métier, et qui s’est donné la liberté de passer le concours…

26 août 2015 - quelques jours avant la rentrée des élèves...

Diplômée d’une maîtrise en ressources humaines, mère de 4 enfants, Véronique a décidé de vivre ce à quoi elle aspirait depuis son enfance : être enseignante.

Reconversion en deux temps : dans un autre département de Bretagne, deux années de suppléance, qu’elle a « adorées », l’ont confortée dans sa détermination. Un déménagement plus tard, ayant trouvé un poste administratif dans les ressources humaines, Véronique a tout à la fois préparé le concours de professeurs des écoles au centre de formation, en suivant des cours un samedi sur deux. « Un projet de couple », dit-elle, pour situer ce projet dans son cadre familiale : le mari de Véronique a fait le nécessaire pour qu’elle puisse se consacrer à cette préparation.

Au final, désormais validée par l’inspecteur de l’académie, la voici en poste, à mi-temps, co-titulaire avec Anne (qui assure par ailleurs la direction de l’école). Classe de CE1-CE2, école rennaise. 

DSC_0330Impressions recueillies le 26 août.

Lorsque je les rejoins, les deux femmes sont en pleine préparation matérielle. Elles modifient l’emplacement des tables, travaillent sur les aspects pratiques de la rentrée qui s’annonce. Les préparations pédagogiques sont déjà bouclées, depuis plusieurs semaines.

Sous le feu de mes questions, Véronique raconte ses motivations, son parcours. L’enthousiasme qu’elle ressent pour le métier est évident. Sa discrétion aussi. Elle n’évoque pas d’appréhension quant à cette rentrée prochaine, et c’est Anne, sa collègue, qui dit les choses en toute simplicité : « Nous sommes toutes les deux dans la même situation : nous arrivons dans une nouvelle école, avec une nouvelle collègue. Donc il va y avoir un calage pour toutes les deux ! Cela dit, ce n’est pas facile pour une collègue de travailler avec des gens comme moi, parce que nous sommes très pris par la direction ! »


Samedi 30 octobre 2015

Suite de notre deuxième portrait au long cours : avant-dernier jours des vacances scolaires de Toussaint, samedi 30 octobre.

DSC_0395

Premier constat : « Cette période s’est très bien passée…. J’ai été un peu stressée jusqu’à la réunion de parents, et puis après, on se détend un peu. » On écoute, les causes de son inquiétude quant à cette première rencontre. « Par exemple, je donne des petits textes à compléter, en devoirs du soir, pour exercer la conjugaison. Je me suis demandé si les parents allaient comprendre le fait que je donne un travail écrit alors que les textes officiels le déconseillent. » Le soir de la réunion, personne n’a émis de critique, au contraire : un père d’élève est même intervenu pour apprécier la faible quantité de devoirs. Autre exemple : Véronique s’inquiétait d’une correction fausse, un jour, dans un cahier : après l’avoir vue, elle a pris soin de refaire l’exercice avec toute la classe pour s’assurer de la compréhension de tous… tout en reconnaissant son erreur, pour signifier que même l’enseignante peut se tromper. Pendant la réunion avec les parents, elle a pu constater que personne ne songeait à remettre en cause son professionnalisme. « Je me suis créée des petits stress… Mais en vérité, les parents nous font vraiment confiance », observe-t-elle.

Les exemples cités par Véronique peuvent sembler minimes, pour une personne extérieure au fonctionnement de la classe. « Je suis une éternelle insatisfaite de ma pratique de classe », analyse la jeune enseignante. « Alors j’essaye de prendre du recul, en me disant que je fais au mieux, que tout ne peut pas être parfait ! »

Mais son tempérament n’explique pas tout. La capacité à douter (donc aussi parfois, à s’inquiéter), reste une constante chez les enseignants aguerris : Madeleine en témoigne.  L’ampleur et la complexité du travail explique cet état de fait. Sur ce point, le regard de Véronique est d’autant plus intéressant qu’elle a travaillé en entreprise, et que son efficacité dans le travail n’est pas à prouver -pour preuve : elle a réussi le concours de professeur des écoles en ayant 4 enfants-.  « Je suis à mi-temps, mais le travail est colossal. J’avoue que le temps de préparation est énorme. » Concrètement, Véronique prépare ses deux journées de classe en travaillant l’équivalent de deux jours. Et elle a confié ses enfants au centre aéré, pendant la première semaine des vacances scolaires. Question : le fait de débuter dans le métier est-il en cause ? Les témoignages de Claire, celui de Madeleine une fois encore, démontrent que le métier est extrêmement exigeant en temps de travail, y compris pour un professionnel expérimenté. Toute la difficulté résidant dans l’équilibre à trouver. « Etre à mi-temps, c’est une chance, pour pouvoir prendre du recul et cultiver d’autres projets», apprécie Véronique.

Concernant le lien avec ses élèves, Véronique constate d’abord qu’ils sont joyeux, heureux d’être en classe. Elle apprécie d’entendre dire « ça passe trop vite ! On est déjà l’après-midi, alors qu’on croyait qu’on était le matin ! ». Elle se perçoit comme « sévère », mais vit avec grand plaisir les sourires partagés avec les enfants, et avec ses collègues. « Il faut trouver l’équilibre entre le fait d’être exigeante, mais pas dure ». Son questionnement s’élargit aux contraintes posées par l’école, en tant qu’institution : « Ces élèves sont d’une génération où tout va très vite. Et là, à l’école, on leur demande de rester assis, de parler quand c’est leur tour… » La jeune enseignante avoue se questionner aussi sur ce point : elle estime son enseignement comme étant « quasi-magistral », ce qui ne la satisfait pas, sans pouvoir s’en détacher, pour le moment.

Questionnement à suivre !…


Fin novembre 2015

Viser l’objectif, avancer pas à pas…

Troisième rencontre avec Véronique, fin novembre : nous entrons pour la 1ère fois dans sa classe pour nous asseoir parmi les élèves. Après avoir parlé avec elle de sa conception du métier, nous observons la pratique de la jeune femme, reconvertie dans le métier alors qu’elle travaillait dans les ressources humaines, et désormais titulaire.

DSC_0392

Rappelons d’abord le contexte : une classe double niveau, CE1-CE2, donc deux groupes d’élèves appartenant à deux cycles différents, cycle 2 et 3. Véronique vient d’être titularisée, à mi-temps, en tandem avec Anne, chef d’établissement nouvellement nommée dans l’école également.

Première observation : Véronique distingue totalement les séances menées entre les deux groupes. Les compétences et les objectifs d’apprentissages stipulés dans les programmes officiels étant différents, elle mène les deux groupes indépendamment l’un de l’autre. Pour autant, elle fonctionne simplement : lorsqu’elle est en séance avec un groupe, elle se donne la liberté de circuler –brièvement- dans l’autre groupe, si besoin, à des moments adéquats, pour écouter et répondre aux questions des élèves en autonomie.

Deuxième constat : comme elle l’a décrit elle-même lors de notre rencontre précédente, elle regrette de devoir demeurer encore sur une pratique pédagogique à dominante transmissive : peu de travail en groupe, peu de manipulation ; tableau et cahiers d’exercices sont deux supports omniprésents dans la pratique de classe.

DSC_0405Et pour cause : on comprend bien que cette manière de faire « assure », et rassure, sur l’efficacité des séances menées avec les deux groupes, qui ne sont bien sûr pas homogènes. Cela étant, la souplesse et la posture de Véronique atténuent ce qui pourrait être rigide. Concrètement, son observation et son attention pour chacun lui permettent de réajuster, dès qu’elle perçoit qu’un enfant perd le fil du raisonnement. Exemple : un problème de maths, libellé de telle façon qu’un conservatoire doit acheter 2400 glaces à un fournisseur pour une fête… Elle regarde les élèves, s’arrête, et reprend : « Bon… alors, qu’est-ce donc qu’un conservatoire ? » « Et qu’est-ce qu’un fournisseur ? »

DSC_0428

Cet instant révèle l’équilibre à trouver, et parfois la tension existante, entre l’objectif d’apprentissage que l’on vise, que l’on aimerait le plus haut possible en rapport avec le niveau des élèves, et la hauteur des marches à réajuster pour que chaque élève puisse l’atteindre. Véronique le dit elle-même : elle passe beaucoup de temps à préparer sa classe. L’observation des séances qu’elle déroule d’un groupe à l’autre confirme la densité de sa préparation, qui se traduit aussi par des exigences : les exercices d’application s’enchaînent. Mais là encore, souplesse : « Je me rends compte que je dois avancer pas à pas », résume-t-elle. Sans impatience. Penchée aux côtés d’une élève, agenouillée entre deux autres, sa posture physique révèle sa posture d’enseignante : Véronique se place au service des élèves. Pédagogue au sens étymologique du terme, elle recale ses objectifs, quitte à ne pas faire ce qu’elle avait prévu, dans l’intérêt des élèves.

Mais tout cela ne peut se faire sans questionnement, ni petite tension intérieure. Exemple révélateur, Véronique est d’une précision d’horloger dans sa gestion du temps. Les séances sont calées ; la sortie en récréation se fait à l’heure exacte. En fin de matinée, dernière séance de maths, il faut coller des fiches dans un cahier. Petite voix douce, mais nette : « On colle ça très très vite dans son cahier. Et j’aimerais bien, ça me ferait très plaisir, qu’on ait le temps de faire un exercice d’application avant le repas… » Tout est là, dans cette petite phrase : le but visé, l’exigence, et une douceur nécessaire pour que les enfants acceptent de s’engager…

Ce texte prolonge notre découverte du parcours de Véronique. Les deux premières rencontres sont rangées dans l'article "Véronique, parcours d'une reconversion", colonne droite du blog.


Mi-février 2016

« Je me donne plus de temps, je leur donne plus de temps… »

Quatrième entrevue avec Véronique.  Aujourd’hui, un sujet émerge de lui–même : la fatigue.

DSC_0559« Evidemment, la fatigue est très présente…mais je fais tout pour que les élèves ne la subissent pas !». Véronique explique d’abord –sans égocentrisme, sans oublier qu’elle est à mi-temps, alors que tant de collègues sont en classe tous les jours-, ce qui peut expliquer la sienne.

Première explication : son organisation quant à son temps de préparation. Elle a d’abord essayé de préparer sa classe le jeudi et le vendredi. Mais elle se sentait « asphyxiée ». « J’ai besoin de faire autre chose, du sport, de la musique… » Désormais, elle planche le soir, lorsque ses quatre enfants sont couchés. « De fait, je ferme l’ordinateur aux alentours de 23h30. Je suis contente de travailler le soir : même si je me sens fatiguée, même si je suis « à fond » tout le temps, je me sens aussi plus équilibrée dans ce fonctionnement. »

Le constat rejoint ce que transmet également Madeleine, dans son témoignage : « un métier en équilibre « . Pour résister dans le métier, aller chercher l’énergie et s’aérer l’esprit en ayant des activités extérieures est indispensable.

Second facteur de fatigue : le temps de travail à l’école en lui-même. Véronique ne ressent pas de fatigue anormale du fait de la gestion de sa classe. Elle apprécie de travailler avec ses élèves, qu’elle estime attentifs et enthousiastes, même si certains sont assez « actifs ». « Il existe bien sûr une tension, liée à la période de l’année, mais chaque enseignant fait attention à ne pas le faire sentir à ses élèves… »

Restant centrée sur sa classe, Véronique a donc cherché à simplifier son fonctionnement. « A Noël, je me suis rendue compte qu’il y avait trop de fiches, ça n’avait pas toujours de sens… Et puis cela m’agaçait, parce que certains ne finissaient pas tout. Maintenant, je me détends un peu : je me donne plus de temps, et je leur donne plus de temps. Ceux qui vont plus vite, ils vont en « coin lecture » : c’est mieux que de leur présenter quelque chose que je ne calerais pas vraiment correctement. » Précision : le temps passé à lire est toujours centré sur un objectif, soigneusement défini, que Véronique travaille avec un ouvrage spécifique.

Autre adaptation, le travail des après-midi s’organise plus fréquemment à partir de jeux collectifs ou individuels. « Mais cela me stresse un peu, je ne suis pas très claire par rapport à cela ! » Ces moments, plus bruyants, sont-ils aussi efficaces pour les apprentissages que des séances plus classiques ? L’enseignante sait qu’elle doit mieux « border » ces temps, cibler les objectifs et la manière d’en évaluer l’efficacité.

Elle reconnaît aussi sa difficulté à supporter le bruit, quand elle est fatiguée. « Parfois, je suis dure », dit-elle. Une dureté autoévaluée à l’aune de son tempérament, paisible ! « Le bruit gêne tout le monde, personne ne peut travailler ». Mais… « C’est difficile, pour certains enfants, de rester assis toute la journée. Alors c’est à nous de changer nos modalités, bien sûr. » Et peut-être parfois à réévaluer un niveau d’exigence. Ainsi Véronique explique qu’à certains moments, par exemple lorsque les deux groupes classes se retrouvent après avoir été séparés pour un décloisonnement, l’agitation est difficile à endiguer. « Là, je rame ! Mais maintenant, je sais que ce temps de retour en classe est ainsi. Je me détends sur les objectifs que je me suis fixés : j’essaye de moins charger. Ce qui compte le plus, c’est de vivre la journée sereinement.»

Véronique raconte aussi la frustration qui peut exister, de prévoir des temps d’apprentissage que l’on ne peut boucler. « En fin d’après-midi, mieux vaut les concentrer sur une tâche précise. En éveil religieux ou en instruction civique, cela peut-être un bricolage. Et puis… j’arrête de parler ! »

Axe de recherche pour la suite : trouver un temps qui fédère le groupe, un temps de transition par le geste, qui pourrait être dans le registre des exercices de relaxation.

A suivre !…

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s