Dialogue parents-enseignants : problème de répartitions d’élèves…

Dialogue parents-enseignants : situations de blocage et témoignages

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Traiter de la relation parents-enseignants me semble une évolution naturelle de ce blog : avoir pour objectif de mieux faire connaître le métier vise aussi à faciliter le lien entre les adultes qui œuvrent autour de chaque enfant. Je m’aventure cependant dans ce nouveau sujet avec prudence. Car si la pédagogie s’appuie sur des techniques, les relations humaines s’expliquent, certes, mais se lient souvent au-delà des mots.

Formidable constat : au hasard des rencontres, et grâce à une association de parents d’élèves qui a relayé ma proposition, quelques parents et quelques enseignants m’ont dit leur envie de témoigner d’une situation de dialogue d’abord tendu, puis dénoué. Et comme vous pourrez le découvrir au fil des témoignages à venir, ces expériences sont transposables ; elles peuvent donc aider à dédramatiser des incompréhensions que l’on pense isolées, individuelles.

Pour les témoignages qui suivent, et au fil des situations qui seront évoquées dans les mois qui viennent, je vous propose une nouvelle déclinaison. Les propos du parent seront distincts de ceux de l’enseignant : chacun explique pourquoi le dialogue s’est rompu, et comment et à quel moment il s’est renoué. Certains mots peuvent être durs, et je ne les lisserai pas : ils révèlent la force de l’émotion ressentie. De fait, ces témoignages seront anonymes –mais parents et enseignants témoins se connaissent-. A la suite de ces témoignages, les médiatrices de l’Apel 35 poseront quelques mots pour donner du champ à chaque situation et et dégager des clefs transposables.

                        Un très grand merci à chacun pour la confiance accordée.

                                                Et bonne lecture à vous lecteurs !

                                                                          Florence

Situation – problème numéro 1 : répartition d’élèves dans une classe double niveau.

Résumé de la situation : un groupe de CE2 est divisé en deux : 18 élèves sont dans une classe de CE2 – CM1 ; les 6 autres sont intégrés dans une classe de CE1-CE2, avec Anne pour enseignante.

Témoignage d’Anne, enseignante, chef d’établissement.

« On savait que forcément, ce serait un sujet compliqué »

picto_rencontre2« Cette année, la répartition des élèves a été un sujet particulièrement compliqué. D’une part parce que nous n’avions que des cours uniques l’année précédente, mais aussi parce qu’il a fallu séparer un groupe de CE2, et un groupe de Grande section en 4 groupes, du fait de notre fonctionnement sur deux écoles en regroupement pédagogique. Après 3 mois de réflexion en équipe, on a statué.

9 mois après, j’ai encore exactement en tête les effectifs, les arguments, et notre cheminement pour prendre notre décision. Nous avons pensé en termes de besoins pédagogiques pour chaque élève, mais aussi en termes de camaraderies, et aussi en termes d’équilibre de classe… mais on savait que, forcément, ce serait un sujet compliqué avec les familles.

Nous avons donné la répartition, un vendredi soir, début juin. Dès le lendemain, j’ai reçu un mail d’une maman : mail très cordial, mais qui s’inquiétait d’un double niveau. Une autre maman, Me XX (qui témoigne ci-après), est venue me voir directement, et le rendez-vous a été fixé entre elle, son mari et moi, rapidement. C’est une maman très cordiale, très ouverte, mais j’ai senti un froid… Pendant l’échange avec ces deux parents, j’ai fini par dire que je pouvais aussi entendre leur crainte comme un manque de confiance vis-à-vis de mon travail. Je pense que c’est un argument qui a porté. Au fond, j’ai compris que ce n’était pas cela le problème, mais moi je pouvais l’entendre comme ça aussi !

Je les ai rassurés, aussi, parce que leur enfant est un enfant « moteur » dans le groupe classe. J’ai expliqué que ce serait bien pour lui, qui est réservé, d’être dans ce petit groupe, parce que je serai plus avec chacun d’entre eux. J’ai aussi bien expliqué le pourquoi de cette répartition, en listant les différents critères, et en expliquant que c’est une décision collective réfléchie.

Pendant ce rendez-vous, j’ai senti que les choses s’apaisaient. Je n’ai sans doute pas eu réponse à tout… mais je crois qu’il y a eu une écoute réciproque. Et puis, j’ai expliqué au mieux, et je leur ai demandé de me faire confiance. Pour autant, j’ai été sur le qui-vive jusqu’à la réunion de parents. Ce soir-là, j’ai senti des acquiescements, même si notre organisation de réunion n’était pas parfaite. Avec ma collègue, nous avons pensé que ce serait bien de faire une seule réunion pour tout ce groupe de CE2. Or nous n’avons pas le même fonctionnement… Nous avons voulu montrer que nous travaillons ensemble… mais ça été un « flop » de notre part ! Dès le lendemain, j’ai envoyé un mail aux parents, pour leur dire que l’on peut les rencontrer individuellement.

Personnellement, je reconnais que ces difficultés autour de la répartition des élèves m’ont perturbée, une nuit ou deux. Mais j’ai appris à prendre du recul, avec ma fonction de chef d’établissement. Ce qui m’aide à relativiser, c’est le fait que cette décision soit réfléchie, appuyée et approuvée par toute l’équipe. Donc je sais que notre proposition est justifiée. Et puis j’ai senti le rôle de l’Apel, l’association de parents. Ils ont su dire autour d’eux que l’on pouvait nous faire confiance. Cela dit, je pense que certains parents sont encore un peu en retrait. Mais je ne sais pas pourquoi. Ce n’est peut-être pas à cause de cette répartition.»

 Témoignage de Véronique, maman d’élève.

« On a d’abord été en colère… et puis on s’est dit qu’il fallait trouver du positif pour notre fils…»

picto_rencontre« Lorsque nous avons reçu la répartition des élèves, début juin et un vendredi soir, on l’a d’abord relue deux fois. On a été un peu surpris de l’avoir aussi tôt, parce que ce n’était pas comme ça les autres années. Et puis, les deux écoles du RPI (regroupement pédagogique) n’ont pas présenté les répartitions de la même manière… donc on s’est questionné, en se demandant s’il n’y avait pas une erreur. Et puis là, mon mari et moi, on a vu que notre fils se retrouvait dans un tout petit groupe : 6 élèves de CE2, avec des CE1, en restant avec la même enseignante que l’an dernier. Alors que les autres élèves de CE2 partaient en CE2-CM1.

On n’était pas content du tout ! En plus, les enfants avaient compris qu’ils seraient tous dans la même classe, avec une autre enseignante. Et puis, quand on avait fait le point avec l’enseignante en cours d’année, elle nous avait dit qu’il n’y avait pas de souci. Donc pourquoi le laisser avec les CE1, alors que quasiment tous les autres CE2 allaient avec des CM1 ?

On a maudit l’école, on était en colère… On a appelé les parents des copains de notre fils, et on était remontés à bloc. Après coup, je crois qu’on s’est un peu monté le bourrichon ! On trouvait ça pas normal, et pas sympa, parce que nous avons su, aussi, faire des efforts à d’autres moments. Par exemple, il y a quelques années, on a accepté que notre enfant soit scolarisé dans l’autre école du RPI pour arranger les répartitions, quitte à faire les trajets pendant 3 mois parce qu’à l’époque il était trop jeune pour prendre le transport scolaire. On a eu l’impression d’avoir rendu un service, et qu’il n’y a pas de retour.

Pour tout dire, du vendredi soir où on a reçu la répartition, au samedi soir, on a vu que le négatif. Il faut dire aussi qu’on avait entamé un suivi psychologique pour notre enfant, qui manquait de confiance en lui. On a eu peur que le fait de rester dans la même classe, avec la même enseignante, lui fasse à nouveau perdre confiance.

Et puis, le dimanche, une autre maman nous a transféré un mail qu’elle avait envoyé le samedi matin, et la réponse de l’enseignante : on a compris que la répartition ne changerait pas… Alors on s’est dit qu’il fallait absolument qu’on y trouve quelque chose de positif pour notre fils, pour ne pas le mettre en difficulté. En fait, on a essayé de contrebalancer notre raisonnement pour trouver tous les points positifs.

Les choses ont évolué dès le lundi. Du côté des enfants, Anne a pris un temps pour expliquer les choses, pour dire que ce n’était pas un « redoublement »… Et puis nous, adultes, nous avons eu un rendez-vous rapidement, puisqu’il était déjà fixé avant pour faire un point. On lui a dit : « Heureusement qu’on a eu le week-end pour se calmer, sinon on vous aurait incendiée ! On a eu le temps de se mettre en colère, et de se calmer. » On a dit notre colère, notre incompréhension, notre sentiment d’injustice. Et ça a été un échange très libre avec elle. On a listé toutes les inquiétudes qu’on avait. Elle a bien écouté toutes nos craintes, et elle nous a tout expliqué, et vraiment, notre incompréhension s’est calmée pendant cette discussion avec elle.

On lui a dit : « On fait le choix de vous faire confiance. » On s’est sentis écoutés, donc on s’est dit qu’elle allait tenir compte de ce qu’on avait dit. Cela nous a rassurés, apaisés.

Je dois dire aussi que toutes nos réflexions, nos coups de colères, mon mari et moi, on les a eus quand notre enfant ne pouvait pas nous entendre. Aujourd’hui, il n’a entendu que du positif sur cette répartition. Donc lui, il en parle en positif. Mais je dois dire aussi que j’ai entendu une autre maman dire que le groupe de 6 est un groupe en difficultés. Et là, moi et d’autres mamans, on a réagi, pour resituer.

Aujourd’hui, évidemment, on discute de tout cela avec des amis. Et on constate que les élèves apprennent la même chose dans les deux classes, mais que la façon de travailler est parfois différente. Et le groupe de copains n’est pas cassé, parce qu’ils se retrouvent en récréation. Donc tout se déroule bien. Et puis il y a un bon dialogue avec l’enseignante, donc on peut se dire les choses. »

Avis d’expert > relecture de la situation par les médiatrices de l’Apel 35.

« Cette situation est typique des cas de blocages que nous pouvons aider à résoudre. Voici donc quelques clefs de compréhension transposables à toute situation similaire. L’objectif étant d’analyser ce qui crée le blocage, et de penser dans l’intérêt de l’enfant.

Aux parents, nous conseillons :

Chacun a le droit de manifester une incompréhension ou une colère, mais il faut tout faire pour analyser ces émotions qui quelquefois déforment la réalité et dramatisent la situation au-delà du raisonnable. Pour cela, nous posons les questions suivantes : est-ce l’enfant qui exprime des craintes légitimes… ou est-ce la famille qui exprime des réticences ? Dans ce cas, sur quoi sont-elles fondées ? Et vis-à-vis de qui ?

– Nous conseillons toujours de se recentrer sur la situation qui fait nœud : pourquoi à un moment donné, un sujet simple est devenu « un sujet compliqué » et source de tension entre école et familles ?

– Il faut faire en sorte d’estimer et de réajuster l’ampleur des projections parentales sur l’enfant -parce que dans le fond, les parents veulent bien faire et accompagner leur enfant le mieux possible dans sa scolarité-.

– Pour finir, nous répétons à tous les parents qu’il faut accorder sa confiance à l’école qui met tout en œuvre au service de chaque élève

Nous conseillons aux enseignants

– …d’expliquer les raisons de ce choix de répartition qui ont été pensées et élaborées par l’équipe pédagogique selon des critères précis et non aléatoires. Ne pas chercher à tout justifier pour autant : une répartition est un acte posé et réfléchi sur lequel on ne revient pas. Et il est intéressant de s’appuyer sur un exemple similaire qui fonctionne très bien dans une autre école.

– De rassurer la famille et l’enfant, et de permettre aux parents de prendre conscience (chacun dans son rôle), que l’enfant est prêt à ce changement qui n’est pas du tout vécu comme une sanction. Il peut d’ailleurs être intéressant de l’interroger, si besoin, sur ce qu’il pense et ressent.

Aux parents et aux enseignants :

Nous conseillons de mettre des mots sur le ressenti de chacun, afin d’ouvrir un espace de dialogue pour que les choses se « dégonflent », pour parvenir à dire les choses en toute sincérité, sans jugement, sans agressivité.

Dans le témoignage ci-dessus, la situation s’est dénouée car :

la famille et l’école sont parvenues à établir ou renouer un dialogue, à entendre les arguments réciproques, à mettre de la confiance dans le discours et à laisser la responsabilité à chaque acteur dans l’intérêt de l’enfant/élève. Et c’est la preuve qu’une situation tendue peut évoluer de manière positive !… »

Textes recueillis par Florence Raguenez
Création visuel : FLORILEGE

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