Bien-être des élèves : expérience d’école…

Chers lecteurs !

En ce début d’année 2017 et avec tous mes vœux, je partage avec vous un questionnement qui s’apparente à un objectif : le bien-être des élèves.

Comment parler d’apprentissages, sans avoir créé au préalable les conditions favorables à la concentration et à la mémorisation ? Sans ignorer la place fondamentale des pratiques pédagogiques et du fonctionnement cognitif propre à chaque enfant, penchons-nous aujourd’hui sur un autre volet du travail des enseignants : comment faire en sorte que l’enfant-élève se sente bien au sein du groupe-classe ? Comment l’aider à se poser, se concentrer, pour ensuite ouvrir sa curiosité ? Et tout simplement : comment vivre heureux, ensemble, ces journées d’école… ?

Pour répondre à cette question, je vous propose de suivre le travail d’une équipe qui se penche sur le sujet. Dans un établissement de mon département, les enseignantes et l’association des parents d’élèves se sont donné pour projet d’école le bien-être des élèves. Première expérience  : faire intervenir une sophrologue dans chaque classe, pour 6 séances. C’est avec plaisir et curiosité que je vous propose de découvrir cette expérience !

Merci à Claudie, chef d’établissement, à toute l’équipe enseignante et à l’association des parents d’élèves de cette école pour leur confiance et tous les échanges. Ainsi qu’aux médiatrices de l’association départementale des parents d’élèves qui m’ont transmis l’existence de ce projet.

Merci aussi à Dominique, la sophrologue intervenante, pour son accueil lors des séances.


Mi-janvier : 1ère rencontre avec la sophrologue

Les CP-CE1 font varier leur souffle, découvrent la respiration ventrale…

« Que va-t-on faire aujourd’hui ? »… Dominique a déjà rencontré les élèves au préalable, pour expliquer ce qu’elle va proposer. « On va travailler avec son corps », répondent les élèves qui ont bien compris : ce temps organisé dans un lieu qui n’est pas leur salle de classe, est pour eux, pour qu’ils se sentent bien.

Pour commencer la séance, la sophrologue propose de « souffler très fort sur une plume ». Chacun s’applique. Et les deux demi-groupes successifs (la classe est divisée en deux pour chaque séance) ne réagissent pas de la même manière. Les souffles du premier groupe sont un peu timides. Les souffles du second plus énergiques !

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Un groupe qui bouge un peu plus… pas de problème ! Dominique laisse faire sans intervenir pendant quelques minutes.

La sophrologue accepte en souriant l’agitation momentanée. Elle laisse faire… puis réinstaure le calme en quelques secondes. En s’appuyant sur une histoire adaptée, elle propose à chacun de souffler sur une petite bougie sans l’éteindre.

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Du souffle fort au souffle maîtrisé… quelques secondes et le calme est posé.

Deuxième volet de la séance, Dominique guide les élèves pour qu’ils prennent conscience des contractions de leur corps : chacun devient « une statue toute dure », puis se détend totalement, « on relâche ».

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Contracter tout le corps, pour prendre conscience du relâchement qui suit.

Une respiration ventrale et un exercice d’automassage permettent ensuite de prendre conscience plus précisément de chaque partie du corps, de sa globalité, et de différentes manières de respirer. Les exercices ne consistent pas à se masser réellement, ni à forcer la respiration, mais à porter son attention sur les ressentis individuels. (Survolez les photos pour lire les légendes).

Fréquents, les temps de pauses rythment la séance : Dominique accompagne de sa voix claire et légère ; elle guide, recommande d’être attentif aux «sensations du corps, à la chaleur, au froid… ». Il n’y a ni silence trop long, ni accompagnement excessif : elle place ces mots lentement pour aider chacun à rester concentré sur son ressenti sans s’évader dans ses propres pensées.

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A la fin de la séance, les élèves sont déjà, pour beaucoup, dans l’intériorité.

Et pas de bavardage non plus de la part des élèves : « Si votre langue a envie de bouger, vous allez lui demander d’être tranquille aussi ! ». Un brin d’humour et un très léger changement d’intonation permet de recadrer le petit groupe, en douceur, quand elle le juge nécessaire. L’intervenante apprécie visiblement de travailler avec ces enfants et sait, de façon naturelle, gérer le groupe–quitte à recadrer lorsque cela s’avère nécessaire-.

Dernier temps de la séance, les élèves se mettent debout, et s’imaginent être des arbres. « Il faut qu’ils soient plus forts que le vent. On imagine qu’on a des racines qui descendent sous les chaussures. Attention, les pieds, collés au sol ! Le vent vient, mais on est costaud, on est super forts ! » L’image fonctionne, les enfants terminent la séance dans le calme, ancrés.

Après la séance, Isabelle, l’enseignante, donne son ressenti.

dsc_1053Convaincue de l’intérêt de la sophrologie, elle adhère totalement au projet : « L’objectif, c’est que l’on ait un langage commun dans l’école pour aider les élèves à retrouver le calme, la concentration, parce que c’est de plus en plus difficile. »

Autour d’elle, l’équipe est unanime pour décrire l’évolution du comportement des enfants : les observations rapportées dans le dossier « burn-out » sont identiques dans toutes les écoles. Les enseignantes alertent : de plus en plus d’élèves ont de grandes difficultés à se poser, à être calmes (sinon devant un écran) ; de plus en plus d’enfants sont en garderie dès 7h30 du matin pour vivre de très longues journées en collectivité, et parfois dès la Petite section ; et fait en apparence anecdotique mais révélateur, certains arrivent même parfois en n’ayant pas terminé leur petit déjeuner…

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Isabelle accompagne les élèves lors des exercices de respiration. Concentration partagée.

Ces constats étant posés, l’enseignante résume l’objectif de toute l’équipe : « Nous avons besoin de techniques de recentrage qui passent par le corps ». Elle sait que « 6 séances ne feront pas des miracles ». Mais ce sera déjà un premier pas pour « créer des images mentales pour apaiser, les aider à se concentrer sur leurs ressentis, au niveau du corps ».

Pendant la séance, Isabelle a volontairement laissé la sophrologue mener la séance, sans interagir sur le comportement des élèves. « Je me suis interdit d’intervenir, même si certains élèves testent l’autorité de Dominique et font des choses qu’ils ne s’autorisent pas avec moi. » Certes, la sophrologue sait gérer le groupe et trouve un plaisir évident à travailler avec les enfants. Mais Isabelle reconnaît :  » En tant qu’enseignante, on peut être gênée que les comportements ne soient pas exactement comme en classe. » Autrement dit, il n’est pas  toujours simple d’ouvrir sa classe à un intervenant extérieur : on peut avoir peur de laisser penser qu’on ne gère pas ses élèves !…

Dernier constat, Isabelle remarque que les élèves ne sont pas réceptifs aux apprentissages immédiatement après la séance. Elle le comprend : la séance de sophrologie est un temps de respiration, au sens propre comme au sens figuré. Et de déconnexion, pour les enfants comme pour elle. Aucun découragement pour autant, l’enseignante sait qu’il faut de la persévérance en toutes choses : « La prochaine fois, je ferai un temps de transition spécifique avant que l’on se remette au travail ».

Expérience à suivre ! Rendez-vous dans quelques semaines…

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