Auteur : Florence Raguenez

Journaliste pendant près de 15 ans, je me suis convertie au métier de professeur des écoles à l'âge de 40 ans. Depuis cette reconversion, mon regard d'enseignante et ma curiosité de mère se conjuguent avec mon goût pour l'écriture : j'ai souhaité ouvrir les portes de nos classes pour faire découvrir les adultes qui oeuvrent au sein des écoles. https://professeursdesecoles.wordpress.com/ Depuis 3 ans, je me suis engagée dans une autre recherche pour mes élèves, pour les aider à se centrer, pour mieux se concentrer. Formations et expériences dans les 3 cycles me donnent aujourd'hui l'envie de partager ce que j'ai expérimenté : https://bienvivreenclasse.wordpress.com/

Véronique : parcours d’une reconversion

Le portrait qui suit, celui de Véronique, qui s’est reconvertie après avoir travaillé en entreprise, se déroule sur l’année scolaire 2015-2016. Principe adopté : nous nous rencontrons régulièrement, pour faire le point sur sa première année d’exercice. Expérience et regard d’une femme qui a toujours eu envie d’exercer le métier, et qui s’est donné la liberté de passer le concours…

26 août 2015 - quelques jours avant la rentrée des élèves...

Diplômée d’une maîtrise en ressources humaines, mère de 4 enfants, Véronique a décidé de vivre ce à quoi elle aspirait depuis son enfance : être enseignante.

Reconversion en deux temps : dans un autre département de Bretagne, deux années de suppléance, qu’elle a « adorées », l’ont confortée dans sa détermination. Un déménagement plus tard, ayant trouvé un poste administratif dans les ressources humaines, Véronique a tout à la fois préparé le concours de professeurs des écoles au centre de formation, en suivant des cours un samedi sur deux. « Un projet de couple », dit-elle, pour situer ce projet dans son cadre familiale : le mari de Véronique a fait le nécessaire pour qu’elle puisse se consacrer à cette préparation.

Au final, désormais validée par l’inspecteur de l’académie, la voici en poste, à mi-temps, co-titulaire avec Anne (qui assure par ailleurs la direction de l’école). Classe de CE1-CE2, école rennaise. 

DSC_0330Impressions recueillies le 26 août.

Lorsque je les rejoins, les deux femmes sont en pleine préparation matérielle. Elles modifient l’emplacement des tables, travaillent sur les aspects pratiques de la rentrée qui s’annonce. Les préparations pédagogiques sont déjà bouclées, depuis plusieurs semaines.

Sous le feu de mes questions, Véronique raconte ses motivations, son parcours. L’enthousiasme qu’elle ressent pour le métier est évident. Sa discrétion aussi. Elle n’évoque pas d’appréhension quant à cette rentrée prochaine, et c’est Anne, sa collègue, qui dit les choses en toute simplicité : « Nous sommes toutes les deux dans la même situation : nous arrivons dans une nouvelle école, avec une nouvelle collègue. Donc il va y avoir un calage pour toutes les deux ! Cela dit, ce n’est pas facile pour une collègue de travailler avec des gens comme moi, parce que nous sommes très pris par la direction ! »


Samedi 30 octobre 2015

Suite de notre deuxième portrait au long cours : avant-dernier jours des vacances scolaires de Toussaint, samedi 30 octobre.

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Premier constat : « Cette période s’est très bien passée…. J’ai été un peu stressée jusqu’à la réunion de parents, et puis après, on se détend un peu. » On écoute, les causes de son inquiétude quant à cette première rencontre. « Par exemple, je donne des petits textes à compléter, en devoirs du soir, pour exercer la conjugaison. Je me suis demandé si les parents allaient comprendre le fait que je donne un travail écrit alors que les textes officiels le déconseillent. » Le soir de la réunion, personne n’a émis de critique, au contraire : un père d’élève est même intervenu pour apprécier la faible quantité de devoirs. Autre exemple : Véronique s’inquiétait d’une correction fausse, un jour, dans un cahier : après l’avoir vue, elle a pris soin de refaire l’exercice avec toute la classe pour s’assurer de la compréhension de tous… tout en reconnaissant son erreur, pour signifier que même l’enseignante peut se tromper. Pendant la réunion avec les parents, elle a pu constater que personne ne songeait à remettre en cause son professionnalisme. « Je me suis créée des petits stress… Mais en vérité, les parents nous font vraiment confiance », observe-t-elle.

Les exemples cités par Véronique peuvent sembler minimes, pour une personne extérieure au fonctionnement de la classe. « Je suis une éternelle insatisfaite de ma pratique de classe », analyse la jeune enseignante. « Alors j’essaye de prendre du recul, en me disant que je fais au mieux, que tout ne peut pas être parfait ! »

Mais son tempérament n’explique pas tout. La capacité à douter (donc aussi parfois, à s’inquiéter), reste une constante chez les enseignants aguerris : Madeleine en témoigne.  L’ampleur et la complexité du travail explique cet état de fait. Sur ce point, le regard de Véronique est d’autant plus intéressant qu’elle a travaillé en entreprise, et que son efficacité dans le travail n’est pas à prouver -pour preuve : elle a réussi le concours de professeur des écoles en ayant 4 enfants-.  « Je suis à mi-temps, mais le travail est colossal. J’avoue que le temps de préparation est énorme. » Concrètement, Véronique prépare ses deux journées de classe en travaillant l’équivalent de deux jours. Et elle a confié ses enfants au centre aéré, pendant la première semaine des vacances scolaires. Question : le fait de débuter dans le métier est-il en cause ? Les témoignages de Claire, celui de Madeleine une fois encore, démontrent que le métier est extrêmement exigeant en temps de travail, y compris pour un professionnel expérimenté. Toute la difficulté résidant dans l’équilibre à trouver. « Etre à mi-temps, c’est une chance, pour pouvoir prendre du recul et cultiver d’autres projets», apprécie Véronique.

Concernant le lien avec ses élèves, Véronique constate d’abord qu’ils sont joyeux, heureux d’être en classe. Elle apprécie d’entendre dire « ça passe trop vite ! On est déjà l’après-midi, alors qu’on croyait qu’on était le matin ! ». Elle se perçoit comme « sévère », mais vit avec grand plaisir les sourires partagés avec les enfants, et avec ses collègues. « Il faut trouver l’équilibre entre le fait d’être exigeante, mais pas dure ». Son questionnement s’élargit aux contraintes posées par l’école, en tant qu’institution : « Ces élèves sont d’une génération où tout va très vite. Et là, à l’école, on leur demande de rester assis, de parler quand c’est leur tour… » La jeune enseignante avoue se questionner aussi sur ce point : elle estime son enseignement comme étant « quasi-magistral », ce qui ne la satisfait pas, sans pouvoir s’en détacher, pour le moment.

Questionnement à suivre !…


Fin novembre 2015

Viser l’objectif, avancer pas à pas…

Troisième rencontre avec Véronique, fin novembre : nous entrons pour la 1ère fois dans sa classe pour nous asseoir parmi les élèves. Après avoir parlé avec elle de sa conception du métier, nous observons la pratique de la jeune femme, reconvertie dans le métier alors qu’elle travaillait dans les ressources humaines, et désormais titulaire.

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Rappelons d’abord le contexte : une classe double niveau, CE1-CE2, donc deux groupes d’élèves appartenant à deux cycles différents, cycle 2 et 3. Véronique vient d’être titularisée, à mi-temps, en tandem avec Anne, chef d’établissement nouvellement nommée dans l’école également.

Première observation : Véronique distingue totalement les séances menées entre les deux groupes. Les compétences et les objectifs d’apprentissages stipulés dans les programmes officiels étant différents, elle mène les deux groupes indépendamment l’un de l’autre. Pour autant, elle fonctionne simplement : lorsqu’elle est en séance avec un groupe, elle se donne la liberté de circuler –brièvement- dans l’autre groupe, si besoin, à des moments adéquats, pour écouter et répondre aux questions des élèves en autonomie.

Deuxième constat : comme elle l’a décrit elle-même lors de notre rencontre précédente, elle regrette de devoir demeurer encore sur une pratique pédagogique à dominante transmissive : peu de travail en groupe, peu de manipulation ; tableau et cahiers d’exercices sont deux supports omniprésents dans la pratique de classe.

DSC_0405Et pour cause : on comprend bien que cette manière de faire « assure », et rassure, sur l’efficacité des séances menées avec les deux groupes, qui ne sont bien sûr pas homogènes. Cela étant, la souplesse et la posture de Véronique atténuent ce qui pourrait être rigide. Concrètement, son observation et son attention pour chacun lui permettent de réajuster, dès qu’elle perçoit qu’un enfant perd le fil du raisonnement. Exemple : un problème de maths, libellé de telle façon qu’un conservatoire doit acheter 2400 glaces à un fournisseur pour une fête… Elle regarde les élèves, s’arrête, et reprend : « Bon… alors, qu’est-ce donc qu’un conservatoire ? » « Et qu’est-ce qu’un fournisseur ? »

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Cet instant révèle l’équilibre à trouver, et parfois la tension existante, entre l’objectif d’apprentissage que l’on vise, que l’on aimerait le plus haut possible en rapport avec le niveau des élèves, et la hauteur des marches à réajuster pour que chaque élève puisse l’atteindre. Véronique le dit elle-même : elle passe beaucoup de temps à préparer sa classe. L’observation des séances qu’elle déroule d’un groupe à l’autre confirme la densité de sa préparation, qui se traduit aussi par des exigences : les exercices d’application s’enchaînent. Mais là encore, souplesse : « Je me rends compte que je dois avancer pas à pas », résume-t-elle. Sans impatience. Penchée aux côtés d’une élève, agenouillée entre deux autres, sa posture physique révèle sa posture d’enseignante : Véronique se place au service des élèves. Pédagogue au sens étymologique du terme, elle recale ses objectifs, quitte à ne pas faire ce qu’elle avait prévu, dans l’intérêt des élèves.

Mais tout cela ne peut se faire sans questionnement, ni petite tension intérieure. Exemple révélateur, Véronique est d’une précision d’horloger dans sa gestion du temps. Les séances sont calées ; la sortie en récréation se fait à l’heure exacte. En fin de matinée, dernière séance de maths, il faut coller des fiches dans un cahier. Petite voix douce, mais nette : « On colle ça très très vite dans son cahier. Et j’aimerais bien, ça me ferait très plaisir, qu’on ait le temps de faire un exercice d’application avant le repas… » Tout est là, dans cette petite phrase : le but visé, l’exigence, et une douceur nécessaire pour que les enfants acceptent de s’engager…

Ce texte prolonge notre découverte du parcours de Véronique. Les deux premières rencontres sont rangées dans l'article "Véronique, parcours d'une reconversion", colonne droite du blog.


Mi-février 2016

« Je me donne plus de temps, je leur donne plus de temps… »

Quatrième entrevue avec Véronique.  Aujourd’hui, un sujet émerge de lui–même : la fatigue.

DSC_0559« Evidemment, la fatigue est très présente…mais je fais tout pour que les élèves ne la subissent pas !». Véronique explique d’abord –sans égocentrisme, sans oublier qu’elle est à mi-temps, alors que tant de collègues sont en classe tous les jours-, ce qui peut expliquer la sienne.

Première explication : son organisation quant à son temps de préparation. Elle a d’abord essayé de préparer sa classe le jeudi et le vendredi. Mais elle se sentait « asphyxiée ». « J’ai besoin de faire autre chose, du sport, de la musique… » Désormais, elle planche le soir, lorsque ses quatre enfants sont couchés. « De fait, je ferme l’ordinateur aux alentours de 23h30. Je suis contente de travailler le soir : même si je me sens fatiguée, même si je suis « à fond » tout le temps, je me sens aussi plus équilibrée dans ce fonctionnement. »

Le constat rejoint ce que transmet également Madeleine, dans son témoignage : « un métier en équilibre « . Pour résister dans le métier, aller chercher l’énergie et s’aérer l’esprit en ayant des activités extérieures est indispensable.

Second facteur de fatigue : le temps de travail à l’école en lui-même. Véronique ne ressent pas de fatigue anormale du fait de la gestion de sa classe. Elle apprécie de travailler avec ses élèves, qu’elle estime attentifs et enthousiastes, même si certains sont assez « actifs ». « Il existe bien sûr une tension, liée à la période de l’année, mais chaque enseignant fait attention à ne pas le faire sentir à ses élèves… »

Restant centrée sur sa classe, Véronique a donc cherché à simplifier son fonctionnement. « A Noël, je me suis rendue compte qu’il y avait trop de fiches, ça n’avait pas toujours de sens… Et puis cela m’agaçait, parce que certains ne finissaient pas tout. Maintenant, je me détends un peu : je me donne plus de temps, et je leur donne plus de temps. Ceux qui vont plus vite, ils vont en « coin lecture » : c’est mieux que de leur présenter quelque chose que je ne calerais pas vraiment correctement. » Précision : le temps passé à lire est toujours centré sur un objectif, soigneusement défini, que Véronique travaille avec un ouvrage spécifique.

Autre adaptation, le travail des après-midi s’organise plus fréquemment à partir de jeux collectifs ou individuels. « Mais cela me stresse un peu, je ne suis pas très claire par rapport à cela ! » Ces moments, plus bruyants, sont-ils aussi efficaces pour les apprentissages que des séances plus classiques ? L’enseignante sait qu’elle doit mieux « border » ces temps, cibler les objectifs et la manière d’en évaluer l’efficacité.

Elle reconnaît aussi sa difficulté à supporter le bruit, quand elle est fatiguée. « Parfois, je suis dure », dit-elle. Une dureté autoévaluée à l’aune de son tempérament, paisible ! « Le bruit gêne tout le monde, personne ne peut travailler ». Mais… « C’est difficile, pour certains enfants, de rester assis toute la journée. Alors c’est à nous de changer nos modalités, bien sûr. » Et peut-être parfois à réévaluer un niveau d’exigence. Ainsi Véronique explique qu’à certains moments, par exemple lorsque les deux groupes classes se retrouvent après avoir été séparés pour un décloisonnement, l’agitation est difficile à endiguer. « Là, je rame ! Mais maintenant, je sais que ce temps de retour en classe est ainsi. Je me détends sur les objectifs que je me suis fixés : j’essaye de moins charger. Ce qui compte le plus, c’est de vivre la journée sereinement.»

Véronique raconte aussi la frustration qui peut exister, de prévoir des temps d’apprentissage que l’on ne peut boucler. « En fin d’après-midi, mieux vaut les concentrer sur une tâche précise. En éveil religieux ou en instruction civique, cela peut-être un bricolage. Et puis… j’arrête de parler ! »

Axe de recherche pour la suite : trouver un temps qui fédère le groupe, un temps de transition par le geste, qui pourrait être dans le registre des exercices de relaxation.

A suivre !…

Ludovic : année de validation

Le portrait qui suit, celui de Ludovic, qui a réussi à obtenir le concours après de nombreuses tentatives, est celui d’un jeune homme passionné. Tout comme Vincent, il a la vocation…  Cette année a une tonalité spécifique : à mi-temps dans une école dans laquelle beaucoup d’élèves ne parlent pas le français à la maison, et à mi-temps en formation, Ludovic exerce le métier tout en ayant le temps d’approfondir des questions essentielles. Parmi elles : comment exercer sans se lasser, avec enthousiasme, malgré les difficultés ?


Premier bilan : fin septembre 2015

Voilà quatre semaines qu’il a pris son poste dans une classe de Moyenne et Grande Section comportant 21  enfants de nationalités différentes, sur un total de 28 élèves.

D’emblée, Ludovic parle de la relation aux parents d’élèves de sa classe. Situons le contexte : le jeune enseignant est en poste à mi-temps, et en formation également, avant sa validation définitive par l’inspecteur de l’éducation nationale. Il exerce dans une école où beaucoup d’enfants issus de l’immigration entendent pour la première fois la langue française à leur entrée à l’école maternelle. « La barrière de la langue fait que la relation aux familles est, parfois, différente », observe-t-il.

Mais déjà, le dialogue commence à se tisser. Ludovic décrit ce qui vient d’être entrepris avec une famille dont l’enfant a eu besoin d’un aménagement de son temps scolaire. D’un côté, la réactivité de l’école dès les premiers jours de classe, de l’autre, la compréhension des parents : les deux ingrédients ont permis de mettre en place, rapidement, une première solution pour aider l’élève. Celui-ci vient désormais, pour le moment, uniquement l’après-midi, excepté le vendredi pour lequel il vient toute la journée. « Depuis cet aménagement, cet enfant a un rythme adapté à ses besoins et il progresse. J’arrive à entrer en communication avec lui, même si ce n’est pour l’instant qu’en relation duelle.»

Pour cette année de validation, Ludovic conjugue un mi-temps en classe, avec sa formation. Une articulation qui lui permet de chercher des pédagogies adaptées.

Pendant cette année de validation, Ludovic conjugue un mi-temps en classe, avec sa formation. Fréquentation assidue de la bibliothèque, à la recherche de techniques pédagogiques adaptées.

De ce que transcrit Ludovic, on perçoit la dynamique de l’équipe dans laquelle il s’inscrit. Exemple concret : les enseignants ont transposé une technique utilisée au centre de formation. Une fois par mois, ils se donnent un temps spécifique pour analyser une difficulté vécue par l’un d’entre eux. Lors de ce travail totalement disjoint des temps de concertations, chacun livre un problème lié à la pédagogie, ou à la gestion d’un comportement d’un élève, ou même à la mise en œuvre d’une adaptation de la scolarité pour un enfant. L’équipe choisit une situation, puis la décortique pour trouver des pistes de solutions.  « En arrivant, on se demande qui va parler…En fait, c’est génial : on livre nos difficultés, on ne repart pas avec notre mal-être, et on imagine tous ensemble des actions à mettre en œuvre. » Et cela d’autant plus qu’une personne référente du réseau pour la gestion des situations difficiles intervient, à plusieurs reprises dans l’année, pour apporter son expertise.

« Quelle que soit l’école où je serai titularisé l’an prochain, ce qui va me manquer, ce sont des formations sur les enfants à besoins spécifiques », projette Ludovic. Le stress de l’obtention du concours étant dépassé, sa réflexion porte désormais sur les techniques pédagogiques susceptibles de répondre aux besoins des élèves qui n’entrent pas dans les apprentissages. Déjà, se dessine son profil d’enseignant : enthousiaste, tout en étant soucieux de répondre au plus près aux besoins de chaque élève.

Ce questionnement ne l’empêche pas de s’engager. Ludovic est généreux de son énergie ; les parents le perçoivent instinctivement : « Je ressens énormément de confiance », dit-il : « J’ai des sourires tout le temps ! ». Dans ce quartier où certains habitants parlent très bien le français, et d’autres peu ou pas du tout, le jeune enseignant observe, et savoure : « Les gens se connaissent, ici. Ces parents ont le sourire dans le mot, une joie de vivre, un bonheur, je trouve ça génial ! La diversité est enrichissante… peut-être aussi parce qu’elle implique de trouver, ici plus qu’ailleurs, des réponses adaptées à chaque élève. »


Quelques jours avant la rentrée : 24 août 2015

Motivé depuis toujours pas le métier d’enseignant, Ludovic a effectué des suppléances pendant 6 ans.

Fait marquant de son parcours, il explique « avoir fait le pari de reprendre les études, il y a deux ans, pour se former aux attentes du métier, en se remettant en question quant à (son) expérience de suppléant, pour préparer sérieusement le concours ». Pari gagné, en 2015.

L’année à venir sera donc celle de sa titularisation.

Concrètement, il exercera à mi-temps dans une classe de Moyenne-Grande Section, dans une école de 13 classes, au côté d’une co-titulaire, Fabienne. Et il suivra des cours théoriques au centre de formation, le reste de la semaine.

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Premières impressions recueillies le 24 août, dans sa classe vide d’enfants…

« Je suis plein d’enthousiasme ! Et en même temps, j’ai une appréhension, la boule au ventre, comme tout enseignant… Je crois que mon questionnement, aujourd’hui, c’est de me demander comment je vais me positionner en tant que co-titulaire, et plus en tant que suppléant, comme je le faisais jusqu’à présent. Cela dit, je suis plein d’entrain ! »


Début avril 2016 

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Ludovic vient d’être inspecté. Cette visite est une étape très importante, avant la validation définitive de chaque enseignant-stagiaire.

Pour poursuivre ce témoignage entamé en début d’année, retour sur son parcours pour dégager les point-clefs de sa pratique.

Capable de s’émerveiller des sourires des élèves, de chercher inlassablement une solution pour chacun, tout en ayant conscience du fait que le métier peut être enfermant… il démontre qu’un enseignant est, aussi, un chercheur dans l’âme, déterminé et optimiste !

– Ludovic, merci de nous resituer ton parcours…

Ludovic : « J’ai fait 6 ans de suppléance, puis j’ai repris mes études pour valider un master « métiers de l’éducation ». Au total, j’ai passé 8 fois le concours, mais je n’avais pas le temps de le préparer correctement lorsque j’effectuais des suppléances. En 2015, l’année du Master 2, j’ai obtenu deux moutures de concours différentes : le concours réservé, accessible aux suppléants ayant totalisé un nombre d’années de travail suffisant, et le concours externe. »

– Comment as-tu réussi à rester motivé, malgré les échecs aux concours successifs ?

Ludovic : « En réalité, je n’ai jamais pensé… que cela ne marcherait jamais ! D’abord, j’ai toujours réussi à passer la barrière des écrits. Et puis, concrètement, j’ai toujours effectué les suppléances avec un vrai bonheur. Jamais je n’ai eu du mal à aller travailler ; j’ai toujours eu envie de continuer, même quand mon poste était loin de chez moi. Et puis, mon travail pour les élèves a toujours été apprécié. Que ce soit de la part des collègues, ou de la part des tuteurs qui sont passés dans mes classes pour me guider, j’ai toujours été encouragé. Et les parents, eux aussi, m’ont toujours fait de bons retours. »

– Les suppléances sont-elles un « plus » pour obtenir le concours ?

Ludovic : « Elles donnent des connaissances sur l’école, le système… mais peut-être trop, dans un sens. J’ai passé la barrière de l’écrit à chaque concours que j’ai passé, mais j’ai été refusé aux oraux. Je pense aujourd’hui que je devais dire les choses telles que je les percevais, telles que je les vivais, mais que ce n’était pas forcément comme cela qu’il fallait faire. Le Master prépare au concours : le résultat est là. »

– Comment analyses-tu tes motivations pour ce métier ?

Ludovic : « Aucun membre de ma famille ne travaille dans le milieu enseignant. J’étais bon élève ; j’ai toujours aimé l’école. Je me souviens de mon stage de 3ème : j’étais allé observer des professeurs des écoles. Même si j’étais incapable d’analyser leurs pratiques, j’étais tout simplement heureux de me retrouver dans une classe !

Ce qui me motive, ce que j’aime, c’est de pouvoir aider un élève à comprendre. Dans n’importe quel domaine, que ce soit la grammaire ou autre chose, quand l’enfant comprend, réussit, c’est remarquable ! On se demande comment il fonctionne, comment cela fonctionne à l’intérieur de son cerveau : parfois pour que cela ne « passe » pas, et puis quand la réflexion et les automatismes se mettent en place . Quand c’est plus dur, c’est un challenge… et moi aussi, je continue d’apprendre, en cherchant des idées, des solutions. Peut-être que j’idéalise encore le métier ! En tous les cas, je me dis qu’il peut toujours y avoir un levier, que je peux toujours travailler pour chercher. »

– Ce que tu expliques là, c’est l’idéal !… Mais quand un ou plusieurs enfants ont un «comportement difficile », et que la classe en devient parfois très compliquée à gérer, dans ces moments-là, comment vis-tu ?

Ludovic : « Je regarde les enfants qui sourient… ne serait-ce que ça. Le sourire qui arrive à 9h00, après avoir quitté maman. Dans certains cas, il y a des situations familiales très dures ; c’est la réalité de la vie. Pour ces enfants-là, l’école, c’est au moins quelques heures de la journée où l’élève ne pensera pas aux soucis de la maison. Et c’est bien : c’est bien, que l’école permette à l’enfant de créer sa place à lui.

Quand un enfant s’énerve et balance les objets autour de lui, cela me heurte. Mais au final, s’il ne s’est pas mis en danger, ni lui ni les autres, je l’accepte. Mais il m’est arrivé aussi, pendant certaines suppléances, d’accueillir un enfant qui insultait, qui renversait des tables, qui se mettait en danger et mettait en danger les autres… là, je me sentais dépassé. Et j’avais l’impression que je pouvais partir en vrille. Il y a des choses qui nous dépassent, et qui dépassent les enfants eux-mêmes. Dans ces cas-là, ce qui m’a fait tenir, c’était l’appui des familles, et le travail partagé avec les spécialistes extérieurs. Et puis on recale les objectifs : le premier, c’est parfois que l’enfant trouve sa place dans la classe en tant qu’élève, avant même de penser aux apprentissages… »

– As-tu parfois d’autres sources de découragement ?

Ludovic : « Les préparations sur papier sont parfois fastidieuses. Tu as les idées, tu sais comment tu veux mener la séquence, mais il faut que ce soit écrit. C’est parfois très utile, pour préciser le déroulement des séances, et je comprends que ce soit nécessaire pour qu’une personne extérieure puisse juger de la pédagogie choisie. Mais c’est parfois du temps en moins à réfléchir sur une situation pédagogique qui pourrait être plus pertinente… »

A ce sujet, celui du temps de travail « caché », celui qui ne se joue pas dans la classe devant les élèves, tu as dit qu’aucun membre de ta famille n’est issu du milieu enseignant. De fait, comment conjugues-tu ton métier et ta vie privée ?

Ludovic : « L’école, quand on aime son métier, c’est un univers… Et tu peux vite t’y enfermer, si tu n’as pas un réseau amical et familial qui te sort de ça. Je ne pourrais pas parler que de mon travail… et pourtant, quand on se retrouve avec des amis enseignants, on ne parle que de boulot ! Ce qui est enfermant, ce sont les préparations, la correction des copies. Tu as vite fait de passer ton week-end à préparer : c’est super, tu as préparé ta classe à fond, elle est nickel… mais… tu n’as rien fait d’autre !

Donc pour moi, la solution réside dans mon organisation de la semaine : pas d’ordinateur le soir, je préfère me lever tôt ; et puis j’ai calé précisément mes temps de travail et mes temps de loisirs. »

– Madeleine, dans son témoignage, listait des points d’équilibre. Les vis-tu comme elle ?

Ludovic : « Oui. Je peux ajouter que, pour moi, l’équilibre passe aussi par l’acceptation que rien n’est parfait.

Il y a toujours une frustration : on peut se dire : «  j’aurais pu préparer cette séquence différemment ; j’aurais aimé que cette séance fonctionne mieux ; j’aurais pensé que cet enfant-là allait comprendre… » Il faut accepter que tout ne fonctionne pas comme on le souhaiterait, et c’est difficile, pour moi, de me faire à cette idée. J’aime les choses calées, et bien carrées. C’est paradoxal, parce que j’accepte chaque enfant comme il est, qu’il ne comprenne pas, qu’il fasse des erreurs. Mais j’ai du mal à accepter mes propres imperfections ! »

Pour retrouver la première partie de ce témoignage, cliquez sur : "Ludovic, année de validation."

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ASEM : profession méconnue

Comment parler du métier des professeurs des écoles sans décrire celui des ASEM ?

Les «agents spécialisés des écoles maternelles » travaillent de concert avec les enseignants, pour tous les élèves scolarisés entre 2 et 6 ans, de la toute petite section à la grande section.

Découverte du métier, en 2 portraits :

Marion, 24 ans

« Le savoir-être avec les élèves et l’enseignante, ça ne s’explique pas… »

Elle a toujours su qu’elle souhaitait travailler avec les enfants. Son premier stage en tant qu’ASEM fut un « déclic », une « émotion forte ».

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« Ce que j’apprécie tout particulièrement, c’est le fait d’être avec les enfants : les voir évoluer, les aider à faire des progrès, et partager cela avec l’enseignant », décrit Marion. Sur le fond, la trame de son enthousiasme est donc bien la même que celle de tout professeur, du premier comme du second degré : le désir de participer à l’épanouissement de l’enfant en lui transmettant le nécessaire, et le goût de travailler dans l’échange.

En 2012, CAP « Petite enfance » en poche, Marion a cherché à préciser sa recherche d’emploi en effectuant des stages et des remplacements dans l’objectif de devenir auxiliaire de puériculture, auprès de nourrissons, ou en tant qu’ASEM, auprès d’enfants en âge scolaire. « Lorsque j’ai découvert le travail en école, j’ai ressenti un déclic, et même une émotion très forte. Et ce qui est incroyable, c’est que ma mère est ASEM, et que ma grand-mère était ASEM ! ». Au fil des remplacements qui suivent, la jeune femme cerne donc les contours du métier, tout en écoutant attentivement les conseils de sa mère.

« La formation et les stages permettent d’apprendre tout ce qui a trait à la préparation du matériel, le guidage des ateliers. Mais le savoir-être avec l’enseignante et les enfants, cela, ça ne s’explique pas de manière théorique ! L’équilibre, il faut le gérer tout au long de la journée, tout au long de la semaine, tout le temps… »

Balade mère-fille. Marion écoute… les explications quant à la confection du dernier cadeau « fête des pères », de la classe dans laquelle Véronique est ASEM.

Détaillons donc le quotidien de la classe…

…avec franchise et précisions, puisque Marion et moi avons travaillé ensemble pendant 7 mois ! Nul besoin pour elle de me dire son plaisir de travailler avec les élèves : je l’ai observée, tout au long de l’année. Attentive à mes « lionceaux », je me suis aussi parfois arrêtée sur sa manière d’être à elle, auprès de ces petits. Et j’ai tellement apprécié, aussi, sa capacité à partager d’un regard avec moi et avec les deux AVS (*) de la classe, une difficulté ou une joie : un enfant en retrait, un enfant malheureux ; un enfant qui comprend, un enfant qui s’ouvre, dont les yeux s’illuminent… La vie de la classe est faite de ces moments mêlés ; Marion les ressent, et interagit avec délicatesse pour que tout se passe au mieux.

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Cela étant, le positif étant dit et partagé, quels sont donc les écueils ? Auprès des enfants, Marion pourrait avoir tendance à s’inquiéter de « ne pas y arriver », dit-elle. Comme tout enseignant, et comme tout parent, certains jours lui laissent la désagréable impression de ne pas avoir réussi à rassurer, calmer, guider l’enfant. Selon les cas, mais plus particulièrement avec les enfants au comportement agité et/ou anxieux, elle s’interroge. « J’ai du mal à accepter de ne pas réussir à cerner un enfant. Je sais que je ne porte pas la responsabilité des apprentissages, bien sûr, ni du comportement, mais c’est vraiment difficile à vivre pour moi, quand je vois un enfant qui n’est pas bien. Je me demande ce que je peux faire de plus… Mais au final, je sais qu’il faut se remettre dans son rôle. Chacun fait le maximum. Et parfois, ça ne fonctionne pas. »

Que dit-elle de la relation avec l’enseignant ?

Rappelons que le professeur des écoles est responsable des apprentissages. Le rôle de l’ASEM, certes plus discret aux yeux des parents, sans responsabilité pédagogique officielle, n’en n’est pas pour autant moins important. L’accompagnement des élèves tout au long de la journée en veillant à leur bien-être, l’organisation matérielle des ateliers, le guidage d’un entraînement prévu par l’enseignant, sont des missions essentielles pour l’équilibre de la classe et le bien-être de l’enfant au sein de l’école. « Ce qui peut être compliqué, parfois, c’est quand il n’y a pas de communication avec l’enseignant sur le déroulement de la journée», constate-t-elle : dans ce cas, Marion dit dépenser « un surcroît d’énergie », parce qu’il faut alors anticiper sur différents scénarios possibles. L’évocation de cette difficulté souligne les qualités d’organisation, d’anticipation, d’autonomie et d’efficacité requises pour le métier d’ASEM. Et même Apolline –dans le portrait suivant-, décrit bien la difficulté de l’exercice : même si la communication avec l’enseignante passe très bien, même si elle capitalise 36 ans d’expérience, mettre en place certains ateliers (comme les arts visuels, la peinture) pour un grand nombre d’enfants, et s’organiser pour que tout le travail (de l’installation au nettoyage), se déroule dans le temps imparti, peut être stressant.

« C’est un travail d’équipe ! »

Plus largement, la qualité des échanges entre l’enseignant et l’Asem est donc essentielle. « Chacun a son propre caractère, et on forme un binôme », résume Marion. « A mon sens, c’est un travail d’équipe ! Au final, je n’ai jamais eu de problème, et je me suis toujours sentie très heureuse dans toutes les équipes où j’ai travaillé : que ce soit avec les enfants ou l’enseignante, avec l’équipe toute entière, la relation se construit dans le temps.»

La relation aux parents, elle aussi, questionne parfois Marion. Elle reconnaît être très timide, et trouver délicat de répondre aux questions sur le déroulement de la journée. « Je pense aussi que ce n’est pas à moi de répondre, et je me dis que je n’ai pas à aller plus loin. Du coup, il faut trouver les mots pour répondre sans trop en dire… ».

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Cela étant, elle ne voit pas d’autres difficultés au métier. Et lorsque je l’interroge sur les heures de ménage, qui font aussi partie du quotidien, sur les douleurs du dos dont elle souffre beaucoup, parfois, elle répond : « C’est vrai, le ménage, c’est usant. Mais cela fait partie du métier. Et c’est moins fatiguant que de se remettre en question pour un enfant, parce que là, c’est une fatigue morale… ». De fait, Marion analyse parfaitement son fonctionnement dans le métier : « Le travail avec les enfants, c’est ce qui m’intéresse le plus. Donc c’est aussi ce qui me questionne le plus ! »

(*) AVS : assistant de vie scolaire : adulte présent auprès d’un ou de plusieurs élèves nécessitant une aide spécifique.


Apolline, 55 ans

« La connaissance contribue à la reconnaissance »

36 ans d’expérience, et toujours un plaisir évident d’exercer : en racontant son métier, Apolline témoigne d’une posture qui éloigne toute lassitude.   A suivre !

Classe de PS-MS, matinée, le 26 mai 2015, dans une école de 9 classes, à 30 kms de Rennes. L’enseignante, Nolwenn, a précisé les ateliers pendant le premier temps de regroupement, en début de matinée. Pendant ce temps, active et silencieuse, Apolline, l’ASEM a installé tout le matériel nécessaire sur les tables. L’atelier qui suit, pour elle (confection du cadeau de fête des pères), est ensuite un temps de motricité fine, qui nécessite beaucoup de persévérance de la part de ces petits élèves.

Le travail s’engage, et elle encourage : «Allez, on continue, on tourne ! Tu l’aimes beaucoup, ton papa. Il va être content !… » Attentive, elle ne fait jamais « à la place de ». Guidant tout en restant en retrait, ses mains sont constamment au côté de celles des petits, pour positionner l’objet et faciliter le travail lorsque c’est nécessaire.  « Tu travailles ce matin, et cet après-midi, tu feras la sieste. Tu auras tout l’après-midi pour récupérer. Alors un petit effort ce matin ! Allez ! »

Complexité du métier : l’énergie donnée est immense, mais doit toujours être calme, et même apaisante. Apolline parle d’une voix chantante, doucement, lentement. Elle écoute et encourage les mots des petits, qui ne viennent pas toujours dans le bon ordre, pas toujours facilement…

Mais en vérité, l’énergie donnée, tout au long de la journée, ne se mesure que si on la suit, pas à pas, de poste en poste : installation des ateliers, dos courbé à longueur de travail ; accompagnement des élèves, attention et vigilance ; rangement, préparation du matériel, les doigts, les bras, les épaules en action perpétuelle ; accompagnement et repas à la cantine, les plats à bout de bras, puis le dos courbé au-dessus de chacun, pour couper la viande et aider à tous ces petits gestes, un nombre incalculable de fois ; puis installation des matelas pour la sieste…et le rythme ne faiblit pas jusqu’à la garderie du soir.

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« La fatigue physique, je la ressens quand je rentre chez moi : je n’ai qu’une envie, m’asseoir dans mon canapé et faire 30 minutes de relaxation ! » Mais Apolline ne se plaint pas : « C’est un métier très agréable, dit-elle de sa voix toujours gaie : il y a tellement d’aspects positifs ! » Ce qu’elle aime le plus ? « La relation avec les parents et les enfants. J’ai toujours aimé les enfants, depuis mon plus jeune âge. Il y a beaucoup d’échanges, beaucoup de sourires ! » Concernant les parents, Apolline reconnaît sa chance, de travailler dans la même école depuis longtemps, et dans une ville où un certain nombre de familles demeurent. « Dans la classe, seulement 8 familles sur 30 sont nouvelles. Les autres, on les côtoie depuis longtemps. Il y a donc une conscience du travail fait de la part des parents. La connaissance contribue à la reconnaissance ! Ainsi, concrètement, ce matin, trois mamans sont venues dire merci, à l’enseignante et à moi, pour le cadeau de Fête des Mères. »

Petite parenthèse autour de ce nombre « 3 ». Trois mamans ? On pourrait être tenté de dire : « seulement ». Apolline accueille ces mercis comme des cadeaux, sans attendre ce qui n’est pas. Leçon de joie, sans rien d’artificiel.

Autre point qu’elle apprécie par-dessus tout, l’ambiance d’équipe. Le café partagé avec les enseignantes y contribue. Et Apolline parle de ce qui participe à l’enthousiasme : la reconnaissance des parents, mais aussi celle du chef d’établissement, qui encourage et qui écoute, et celle de toute l’équipe pédagogique. Autre facteur de motivation, l’adéquation entre ses goûts personnels et les qualités requises pour le métier. « C’est un métier très manuel », décrit Apolline, elle-même passionnée par les arts plastiques, la créativité, le bricolage. Utiliser ses qualités au service du travail effectué avec les élèves est épanouissant. De ces différentes caractéristiques du métier, qu’elle apprécie, peuvent aussi découler d’éventuelles difficultés. Apolline constate (comme Marion, dans le portrait précédent), qu’un enseignant qui communique peu occasionne, sans s’en rendre compte, un surcroît de préparations matérielles. « Il faut s’entendre avec l’enseignant, et c’est tout un art ! Il faut que chacun soit souple, que chacun trouve sa place. Et lorsque l’enseignante et l’ASEM s’entendent bien, les enfants le sentent, et c’est bien pour eux ! » Autre difficulté, l’ampleur des préparations matérielles, parfois. Et Apolline de comparer : « Autrefois, on avait une cinquantaine d’enfants par classe. Mais c’était complètement différent. D’abord, ils étaient très obéissants. Et puis, les ateliers étaient différents, et ils respectaient les règles. Aujourd’hui, les ateliers sont beaucoup plus recherchés. Autrefois, on faisait beaucoup d’apprentissage de graphisme et d’écriture, très tôt. Au final, les préparations matérielles sont aujourd’hui beaucoup plus conséquentes, et les ateliers demandent beaucoup plus d’attention. »

Constats posés, sans jugement…

Cela étant, encore une fois, aucune critique vis-à-vis de l’évolution du comportement des enfants. Tout comme Monique (l’enseignante aujourd’hui à la retraite, qui témoigne dans la rubrique « Enseigner sans s’aigrir »), Apolline a conscience de l’évolution de la vie des familles. « Les jeunes couples ont souvent des vies professionnelles très actives. Et les enfants sont parfois bousculés dans leur rythme, donc énervés. » Autre évolution importante, les familles arrivent de toute la France, et les grands-parents sont souvent trop éloignés pour aider. Les heures de garderie sont parfois longues, même pour les plus jeunes. Ces constats posés, sans jugement, Apolline nourrit le perpétuel souci du bien-être des élèves.

DSC_0536« Je suis mamie. Alors j’écoute ce que me raconte mon petit-fils, sur la manière dont il vit l’école. Quand je l’écoute, je me dis que je ne suis peut-être pas attentive autant que je le voudrais à chacun. Nos élèves sont nombreux, mais je me dis qu’il faut que je sois attentive, encore plus, à toutes leurs petites demandes… »

Dernière difficulté vécue, Apolline reconnaît souffrir des épaules. Un sourire, et elle dit seulement : « un peu d’ostéopathie et d’anti-inflammatoire quand les douleurs sont trop importantes, ça ne se voit pas ! » Au-delà de sa discrétion, se cachent les tendinites à répétition. « Les mains travaillent toujours, les doigts sont sollicités sans cesse. Mais on en revient toujours au même : quand on aime son métier, ça nous aide à tenir ! Et puis on sait que les vacances nous attendent, pour que le corps se repose. » Autre facteur de tranquillité, Apolline explique que « même si nous sommes responsables de la sécurité des enfants pendant les temps de garderie, ce sont les enseignants qui ont la responsabilité des apprentissages. Quand nous rentrons le soir chez nous, nous avons travaillé pendant 10 heures à fond, mais on n’a plus rien à faire, on peut se poser. Alors qu’un professeur des écoles, lui, se replonge dans ses préparations. »


Le moment le plus stressant : le temps de sieste

Imaginez, un début d’après-midi, 30 enfants âgés de 2 ou 3 ans, qui doivent se reposer, dans une salle de sieste, chacun sur une petite couchette…

« Tout le monde doit penser que c’est un moment calme », reconnaît Apolline, « mais il y en a toujours un ou deux qui ne veulent pas dormir, et qui cherchent à réveiller les autres ! Il faut les mettre au calme, sans jamais s’énerver soi-même. Mais parfois, vraiment, on pourrait avoir envie de se fâcher ! Et au final, c’est pour moi le moment le plus stressant de la journée. Et quel bonheur quand ils dorment tous ! »

A la rencontre des parents : une expo itinérante

Dans la foulée de ce blog… et des 8 portraits déjà diffusés, un nouveau support va désormais contribuer à créer un lien concret : 8 panneaux imprimés sur bâche, de dimension 150*80 cm, sont disponibles pour circuler gratuitement d’école en école (contact : Apel 35 – 02 99 33 75 13).

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Objectif de cette exposition itinérante : encore et toujours, ouvrir les portes de nos classes pour faire découvrir le métier de professeur des écoles, et créer du lien !

Le diaporama qui suit permet de prendre connaissance du contenu de cette exposition. N’hésitez pas à réagir quant au contenu, à la forme, et à contacter l’Apel 35 pour réserver ce support.

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Merci à la Direction diocésaine pour le financement de cette exposition.

Un immense MERCI à mon amie Flo, graphiste talentueuse et discrète, pour ce travail à quatre mains ! 

Revue de presse

372 Un jour

Je me permets un petit mot sur cet article…Alain Souchon chante « ça fait bientôt 15 ans que j’ai 10 ans… » ; quand je suis avec mes élèves, à travers leur regard, parfois, je me souviens de mes 6 ans… Merci donc à mes petits élèves, pour leur fraîcheur, et merci à Virginie Leray, journaliste, qui m’a donné l’occasion de revivre mes souvenirs de petite élève.

Enseignement catholique actualité, mai 2016.

 

http://rennes.catholique.fr/actualite/articles/6190-le-quotidien-heureux-des-professeurs-des-ecoles/

Lien paru sur le site "Eglise Catholique en Ille et Vilaine" - janvier 2016

Merci à Yann Béguin, journaliste, pour sa lecture des portraits et pour cette présentation des témoignages.


Paru dans ECA – juin-juillet 2015

article ECA actualités juin-juillet 2015

Merci à Virginie Leray, journaliste curieuse, qui a découvert mon blog sans que j’ai auparavant pris contact avec elle.


Paru dans Dimanche Ouest France, le 08 février 2015

 

 Merci à Philippe Simon, journaliste, pour la qualité de son écoute et pour cet article, fidèle à l’esprit de ce blog et de ma démarche.

En voici le contenu.

Florence Raguenez ouvre les portes de l’école

Elle était journaliste. Elle est devenue professeure d’école maternelle. Sur un blog, elle raconte la vie de ses collègues. Son objectif ? Mieux faire connaître le métier d’enseignant.

Rencontre

« Je l’ai vécu en tant que mère, avant d’être enseignante : on confie nos enfants à des gens qu’on ne connaît pas » , explique Florence Raguenez, professeure des écoles en maternelle. Or la confiance entre les parents et les enseignants est une des clés pour une scolarité réussie. Le mur – invisible mais bien réel – qui se dresse entre les familles et l’école est fait de pierres de douleurs :« Certains parents ont eu une mauvaise expérience de l’école. » Alors, quand un professeur les invite à venir, ils arrivent avec leurs plaies et bosses. Si c’est pour entendre des critiques sur les résultats scolaires, le comportement… Un rien ravive les plaies.« Quand on est parent, on est hypersensible, hyperémotif. Quand les enseignants parlent de nos enfants, un mot peut être mal interprété. Cela rend plus difficile la relation. » Florence Raguenez a suivi une formation pour« apprendre à gérer les émotions » . Ce qui ne veut pas dire« les mettre sous le tapis, mais les laisser passer avant de pouvoir parler. La communication, c’est de l’intuition, de la délicatesse, du bon sens. Tout cela ne s’apprend pas. Mais il y a toute une partie, dont les émotions, qui s’enseigne. » La professeure est convaincue : cette formation à la communication devrait être au programme des Écoles supérieures du professorat et de l’éducation (Espé).

Peur d’être jugés

De l’autre côté du mur, côté enseignants, règne la même méfiance.« La peur d’être jugés » , analyse Florence Raguenez. Le monde médiatique n’arrange rien : tous les jours, depuis des années, les enseignants s’entendent répéter qu’ils ne sont« pas bons » ,« pas courageux » ,« toujours en grève » ; qu’ils emploient« de mauvaises méthodes ». Alors que, dans de nombreuses écoles, des profs cherchent, inventent, sans compter leurs heures…« Si on montre et on explique ce qu’on fait, il n’y a pas de problème. Et moi je veux positiver » , poursuit Florence Raguenez. D’où ces portraits de collègues qu’elle publie sur son blog« ouvert aux parents, pour leur montrer les coulisses du métier ». On y croise Claire qui entre dans sa classe en disant« Bonjour, vous allez bien ! » On y découvre Catherine, ancienne cadre, qui estime que,« bien sûr, l’écolier doit s’adapter aux règles de la classe, mais que c’est à l’enseignant de s’adapter à chacun, tel qu’il est, sans chercher à tout prix l’élève parfait » .

Qu’est-ce qu’un enseignant ?  

Stéphanie explique comment elle fait travailler ses douze élèves de classe enfantine et ses 12 CP.« Aucun d’eux n’est autonome en début d’année. Et il y a un énorme enjeu en CP, avec l’apprentissage de la lecture. » « Sur le temps d’une demi-journée, chaque groupe effectue tout à tour quatre activités pédagogiques, alternativement accompagné de la maîtresse ou seul en autonomie » , rapporte Florence Raguenez. Avec Vincent, on note que la voix du maître« n’est jamais forte » .« Les consignes sont courtes, précises. » Le prof fait« reformuler les élèves pour s’assurer de leur bonne compréhension, plutôt que répéter lui-même » .

En filigrane cette question : au fond, c’est quoi être enseignant ? Ce n’est ni un parent qui aurait vingt ou vingt cinq enfants ; ni un psychologue qui analyserait chaque mot, chaque geste ; ni un médecin ; ni un confesseur ; ni un animateur ; ni un gourou.« Pour moi, répond Florence Raguenez avec passion, c’est celui qui amène l’enfant à être heureux d’être à l’école, d’apprendre, de découvrir, de faire face au nouveau » Sa grande ambition :« Que l’enfant n’ait pas peur de se tromper. » Sa grande joie ?« L’élève qui dit, le soir : j’aimerais bien rester » . Pour cela, Florence Raguenez valorise ce que les élèves réalisent.« Notre école a ouvert un site Internet. » Les élèves montrent leur travail, ouvrent la porte de leur classe, eux aussi. Cet engagement au quotidien et dans la durée suppose que l’enseignant soit« bien ancré » qu’il ait« une relation sereine avec les autres ». Ancrage et sérénité que Florence Raguenez trouve en réunissant ses deux métiers de journaliste-témoin et d’enseignante-actrice.

                                    Philippe SIMON.

•Florence Raguenez, 47 ans, ingénieure agroalimentaire, journaliste agricole au Paysan morbihannais et à La France agricole , passe le concours de professeur des écoles, enseigne depuis six ans, est aujourd’hui professeure en grande section de maternelle.

•Blog : professeursdesecoles.wordpress.com/

La vie du blog…

Fin août 2016

56 visites chaque jour !

A la veille de la rentrée (officielle) scolaire, ce blog souffle avec le sourire ses deux bougies.

Ce soir, le hasard fait parfois si bien les choses, les statistiques du site annoncent que le quotidien des professeurs des écoles aura donc occasionné 42 000   visites, en 24 mois. 42 000 visites, c’est-à-dire 42 000 pages lues, par 15 265 visiteurs exactement.

Le quotidien des professeurs des écoles, qui s’activent pour leurs petits élèves, suscite donc l’intérêt !

Il m’arrive d’imaginer quel temps j’aurais consacré et combien de litres de café j’aurais partagés, s’il m’avait fallu accueillir, chez moi ou dans mon école, ces 15 265 visiteurs, pour leur raconter le quotidien de mes collègues, ou pour partager des expériences communes ! Mais non, bien sûr : j’aurais « guidé » tous ces curieux chez les principaux intéressés, à savoir tous mes collègues qui ont accepté de témoigner de leur quotidien.  🙂

Plus sérieusement…  Stéphanie, Claire, Madeleine, Monique, Erwan, Samuel, Vincent, Véronique, Ludovic, je vous adresse à chacun un chaleureux merci d’avoir contribué à poser les bases de ce blog.

A tous les témoins anonymes, aussi, merci. Témoigner des difficultés, sans faire de pathos, est un vrai pari.

A toutes les écoles qui ont fait le lien sur le site ou leur blog, avec « le quotidien », un immense merci aussi : grâce à vous, en période scolaire, des parents se connectent chaque jour pour découvrir les coulisses de notre profession. Nous touchons là à l’objectif premier de ce blog : ouvrir les portes de nos classes aux parents, pour contribuer à l’élaboration de la confiance, dans l’intérêt de nos élèves.

Cela étant, le blog continue ! A très bientôt donc, pour de nouveaux témoignages sur le quotidien (heureux ?) des profs des écoles.

Et au plaisir de vous lire : vos messages sont toujours les bienvenus.

Florence

PS : Et dans les coulisses de ce blog… merci à mon amie graphiste pour les visuels qui animent les témoignages  !          http://florilege6.blogspot.fr/


Fin septembre 2015 
bilan_ardoiseQuelques précisions sur cet anniversaire et ce score : si ce blog a été consulté, dans les premiers mois, surtout par les enseignants, ce sont aujourd'hui des parents d'élèves qui se connectent, aussi.  

J’adresse un GRAND MERCI aux écoles qui ont fait le lien avec ce blog : grâce à cela, des familles curieuses lisent le quotidien des enseignants qui oeuvrent pour leur(s) enfant(s).

Par ailleurs, les deux jeux de panneaux qui composent l’exposition itinérante circulent d’écoles en écoles : autre support, textes courts, toujours au profit du lien parents-enseignants, et donc des élèves.

A vous tous, qui participez à la dynamique engagée, MERCI !

Et à très bientôt.

Florence


Août 2015

Chers lecteurs,

La rentrée se profile… et ce blog fêtera bientôt ces 1 an.

Voici quelques commentaires de lecteurs que je partage avec vous…

« Ce blog est très intéressant. Le premier portrait m’a particulièrement touchée, car il reflète complètement ce que j’avais ressenti lorsque Claire enseignait à l’une de mes filles ! »

                                                                 Annie, mère d’élèves. 

« Vive l’écriture et la lecture, plus que jamais ! Elles nous offrent l’occasion, en nous engageant à prendre le temps, de découvrir le monde qui nous entoure…»

                                                                Isabelle, mère d’élèves.

« Bravo d’avoir ouvert la porte. Bravo d’avoir mis en valeur vos collègues et vos rencontres. Bravo de nous faire réfléchir à votre métier, enseignants, et donc à notre métier de parents. Merci. »

                                                              Bruno, père d’élèves.

« Merci ! J’ai souvent été très émue pendant ma lecture. Je me suis retrouvée dans beaucoup de portraits. J’ai eu l’impression d’être lectrice de mon quotidien. Je me suis aussi rendue compte que l’on côtoie des collègues sans prendre le temps de les connaître, de connaître leur parcours et leur vision du métier. 

                                                             Marie, enseignante.

 « Je n’ai eu le temps de lire que le portrait du directeur… J’aime beaucoup son témoignage et je me retrouve dans ce qu’il dit ! »

                                                            Yann, chef d’établissement.

« Votre blog m’a donné la pêche, il y a tellement de beaux témoignages que ça m’a aidée à reprendre confiance en mon projet (ndlr : celui de préparer le concours de professeur des écoles) quand je les ai lus. (…) Votre blog tourne sur les pages Facebook des candidats au CRPE. Je crois qu’on a tous besoin d’avoir des retours d’expériences pour nous rassurer et nous ancrer un peu dans la réalité (avec les révisions, on a vite fait d’oublier pourquoi on se donne tant de mal). Bref, merci beaucoup pour votre blog également : en tant que candidate libre, ça me motive de lire ces témoignages d’enseignants qui adorent leur métier ! »

                         Lucile, candidate en reconversion (son blog : http://preparerlecrpe.com/)

Bonjour Florence,

Les deux portraits d’ASEM, qui font suite aux 8 premiers portraits, sont encore une fois très intéressants : ils définissent  bien un métier fait de liens et de rencontres… Merci pour ces temps de relecture sur les personnes qui sont si importantes dans notre quotidien de classe.
                                                             Chrystelle, chef d’établissement.

Merci à vous !

Florence