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Techniques de relaxation-concentration 

26/10/18

Chers lecteurs,

Comme annoncé, j’ouvre un nouveau blog :        https://bienvivreenclasse.wordpress.com/

Vous y trouverez des outils issus de techniques de relaxation et de yoga pour aider les élèves à entrer dans les apprentissages.

J’y relate les exercices que j’ai testés dans les 3 cycles, après avoir suivi deux formations, auprès du RYE (Recherche sur le yoga dans l’éducation) et de Pédayoga (un organisme de formation canadien).

Cette « boîte à outils » vous est ouverte : piochez et expérimentez à votre tour !

Vos élèves ou/et vos enfants apprécieront !

A très bientôt,

Florence

2018 : pour une lucidité optimiste !

Chers lecteurs !

Je vous souhaite une année 2018 à la fois paisible et joyeuse.

Que vous soyez parent ou enseignant, peut-être les deux à la fois, je vous souhaite une lucidité optimiste, pour agir comme il se doit.

Lucide ? « Qui juge, voit clairement, objectivement, les choses dans leur réalité ».

Optimiste ? « Qui est porté par son caractère à voir tout en bien, à s’estimer satisfait de ce qui arrive, à être confiant dans l’avenir ».

Il me semble qu’éduquer se situe en partie dans cette alliance en apparence antinomique : observer, savoir alerter et agir pour modifier ce qui engage dans la mauvaise voie… tout en vivant sincèrement la confiance, que nos enfants-élèves ressentent au-delà de nos mots.

Tout un art, à vivre et à ajuster au quotidien !

En vous remerciant, chacun et chacune, pour votre intérêt et les échanges partagés,

Florence

PS : Je partage avec vous les dernières nouvelles de ce blog : « Le quotidien (heureux ?) des professeurs de écoles » totalise aujourd’hui 69 040 vues, depuis sa création. 2017 a comptabilisé 20 265 vues, pour 10 766 visiteurs, des scores équivalents à ceux de 2016. Une évolution toutefois : les 6 articles les plus consultés en 2017 ont été, dans l’ordre : « ASEM : profession méconnue », « Burn-out : témoignages et analyse», « Avoir la vocation, mais… », « Quitter le métier en connaissance de cause », « Les coulisses du métier« , puis « Un métier en équilibre« . Alors que le dossier sur le burn-out des professeurs des écoles a été publié en 2016, placé en colonne de droite du blog donc sans être mis « en tête de gondole », il n’a pas été particulièrement consulté pendant ses 1ers mois de parution. Les lectures de ce dossier, de plus en plus fréquentes, traduisent le besoin de comprendre une lassitude, un trop-plein ressenti dans l’exercice de la profession. Constat lucide… Je suis toutefois intimement persuadée que face à l’agitation et aux angoisses de notre société, que nous ressentons physiquement et nerveusement dans nos classes, il existe des moyens d’agir, en douceur et avec détermination. C’est l’objectif de la formation et du travail que j’ai engagés ces derniers temps, et que j’espère bientôt partager avec vous !      A très bientôt donc.

30 000 visiteurs… je pose ma plume pour m’engager dans une nouvelle recherche.

Chers lecteurs,

Ce blog, « Le quotidien (heureux ?) des professeurs des écoles », s’apprête aujourd’hui, 28 septembre 2017, à souffler 3 bougies.

3 ans, 13 articles parus, plus de 30 000 visiteurs et 64 000 pages lues.

Merci à vous, pour votre intérêt et votre curiosité !

Merci aux institutions qui relayent ce travail.

Et un immense merci à ceux qui ont participé à l’aventure !!!

Chaque reportage est né d’un questionnement. Celui de vivre pleinement ce métier, sans laisser flétrir le regard posé sur chaque élève, a été omniprésent dans ma recherche. Et d’autres encore : comment exercer de manière engagée, tout en restant lucide et mesuré(e) ; comment observer sans juger ; comment rester ancré(e) face aux difficultés qui nous heurtent…

Chaque moment de rédaction m’a offert la possibilité de décanter toutes les informations que je recevais, en réponse à mes questions. J’en ai tiré beaucoup d’enseignements pour ma pratique et il m’a semblé naturel de partager tout cela, comme d’autres enseignants partagent leurs outils de travail entre eux, sur le net ou de manière informelle.

PAUSE[1]

Cela dit, je décide aujourd’hui de laisser en suspens ce temps de rédaction. Une nouvelle affectation (que j’ai souhaitée) m’amène à me replonger dans mes préparations – et oui, il faut le dire, un changement de poste entraîne plus de travail de préparation !-. Et j’ai le projet de continuer à me former. Objectif : acquérir de nouveaux outils pour contribuer à l’harmonie du groupe-classe. Car sans négliger la pédagogie, il me semble aujourd’hui absolument essentiel d’œuvrer pour que chaque enfant se sente bien en tant qu’individu dans son groupe, pour s’investir pleinement, en tant qu’élève, dans les apprentissages.

Le blog reste ouvert, et je pose momentanément ma plume pour m’engager dans une nouvelle recherche… que j’aurai sans aucun doute envie de partager prochainement avec vous !

Bonne continuation à chacun-chacune d’entre vous !

A très bientôt.

Florence

Création du visuel : https://florilege6.blogspot.fr/2017/ (Merci à Florence, amie graphiste, qui a illustré mon blog régulièrement).

 

Sophrologie : bilan après 5 séances

Suite de notre première visite dans l’école où le bien-être a été fixé comme priorité : cette semaine, tous les élèves vivent leur 5ème séance de sophrologie. Les CM1-CM2 témoignent ; l’enseignante, Valérie, précise ses attentes.

Premier constat : globalement, les 26 élèves de la classe disent percevoir nettement les bienfaits des exercices proposés par Dominique : 25 élèves sur 26 affirment qu’ils se sentent « plus détendus, dans leur tête et dans leur corps », à la fin de chaque séance. Tous sont d’accord avec un camarade, Romain, qui se dit « calme », à l’issue des séances. Un élève, Brieuc, apporte cependant un avis plus nuancé : « On ne savait pas trop ce que c’était, la sophrologie. Et on ne fait pas le lien avec le sport ».

Certains élèves témoignent du fait qu’ils ont déjà intégré quelques exercices de respiration pour se recentrer et se détendre. L’exercice « mains sur le ventre » pour situer la respiration ventrale (ou les mains posées sur les côtes ou le thorax pour situer les deux autres niveaux) est même devenu une habitude pour certains. Une élève raconte qu’elle pratique la respiration abdominale quand elle ne parvient pas à s’endormir. Noah témoigne du fait qu’il se recentre sur sa respiration avant ses séances d’escrime. Et Hugo, qu’il fait le lien entre la sophrologie et le travail mené avec son orthophoniste.

Cela étant, un seul enfant fait déjà le lien avec le travail de classe : « Quand je rentre de récréation, je mets ma main sur mon ventre et je fais attention à ma respiration », raconte Andy.

Quant à Valérie, l’enseignante, elle observe : les bienfaits immédiats des séances de sophrologie sont clairs, mais elle n’évalue pas encore leurs effets en classe : « Nous disposons d’à peine 15 minutes au retour de la séance, donc on ne peut pas se rendre compte des impacts sur les apprentissages qui suivent. Et l’après-midi, nous avons un temps de décloisonnement, donc je ne peux pas dire que les élèves sont plus détendus. Je pense que nous ne faisons pas suffisamment de liens avec la classe, même si Dominique (la sophrologue) le leur dit bien. »

Ce premier bilan permet donc, d’une part, de confirmer l’intérêt de la sophrologie adaptée à des élèves de maternelle et de primaire pour leur apprendre à se centrer, s’apaiser ; mais il pose aussi la question du lien attendu entre la séance elle-même, et le travail de classe. De fait, Dominique interviendra au sein des classes pour la dernière séance programmée.

A suivre !…

Voici quelques photos de la 5ème séance de ces élèves. Rires partagés (avec l'enseignante aussi), et exercice d'écriture de mots doux. 

Valérie, l’enseignante, participe à l’atelier : temps partagé (et savouré) ensemble.



Chercher les qualités de ses camarades et les exprimer : un exercice inhabituel qui apprend à cultiver les pensées positives.

L’expression des visages témoigne des bienfaits de l’exercice.


 

Les observations de la sophrologue

« Leur corps leur permet de se recentrer, même chez les tous-petits. »

5 séances pour chaque groupe à son actif, Dominique, la sophrologue, fait le point.

« Je me sens très bien dans le travail avec ces enfants. DSC_1062J’essaye de transmettre un maximum de choses pour qu’ils se relient à leur corps, pour qu’ils se connectent à leurs émotions. En groupe, je travaille habituellement avec des lycéens. Je ne vois pas beaucoup de différences avec ces plus jeunes élèves, si ce n’est que je fais des séances plus ludiques et moins de temps de pause. Les lycéens sont plus dans la retenue, et ils sont déjà plus « dans leur tête ». Il faut adapter, de toutes les façons. Même pour une même tranche d’âge, je ne fais pas la même chose en fonction des groupes : pour certains, les déplacements créent un débordement d’énergie trop grand. Et pour tous, nous travaillons notamment l’attention ; leur corps leur permet de se recentrer, même chez les tous-petits.

Pour ce qui est de la collaboration avec l’équipe des enseignantes, je les sens unies et je ressens leur bienveillance quant au travail que je propose. Elles se laissent aller à la découverte. Après quelques semaines, je constate leur adhésion, même s’il y a des séances plus ou moins centrées selon les jours et selon les groupes. Je remarque aussi une adaptation de leur positionnement : au début, beaucoup essayaient de « tenir » leur classe. Progressivement, il y a une forme de lâcher-prise, tout en gardant leur rôle d’enseignante. Cela étant, je constate aussi que cela a été bénéfique de permettre aux uns et aux autres d’exprimer le plaisir d’être ensemble. Cela dit, je fais tout cela avec mes petits moyens… Il faut rester humble. »

Bien-être des élèves : expérience d’école…

Chers lecteurs !

En ce début d’année 2017 et avec tous mes vœux, je partage avec vous un questionnement qui s’apparente à un objectif : le bien-être des élèves.

Comment parler d’apprentissages, sans avoir créé au préalable les conditions favorables à la concentration et à la mémorisation ? Sans ignorer la place fondamentale des pratiques pédagogiques et du fonctionnement cognitif propre à chaque enfant, penchons-nous aujourd’hui sur un autre volet du travail des enseignants : comment faire en sorte que l’enfant-élève se sente bien au sein du groupe-classe ? Comment l’aider à se poser, se concentrer, pour ensuite ouvrir sa curiosité ? Et tout simplement : comment vivre heureux, ensemble, ces journées d’école… ?

Pour répondre à cette question, je vous propose de suivre le travail d’une équipe qui se penche sur le sujet. Dans un établissement de mon département, les enseignantes et l’association des parents d’élèves se sont donné pour projet d’école le bien-être des élèves. Première expérience  : faire intervenir une sophrologue dans chaque classe, pour 6 séances. C’est avec plaisir et curiosité que je vous propose de découvrir cette expérience !

Merci à Claudie, chef d’établissement, à toute l’équipe enseignante et à l’association des parents d’élèves de cette école pour leur confiance et tous les échanges. Ainsi qu’aux médiatrices de l’association départementale des parents d’élèves qui m’ont transmis l’existence de ce projet.

Merci aussi à Dominique, la sophrologue intervenante, pour son accueil lors des séances.


Mi-janvier : 1ère rencontre avec la sophrologue

Les CP-CE1 font varier leur souffle, découvrent la respiration ventrale…

« Que va-t-on faire aujourd’hui ? »… Dominique a déjà rencontré les élèves au préalable, pour expliquer ce qu’elle va proposer. « On va travailler avec son corps », répondent les élèves qui ont bien compris : ce temps organisé dans un lieu qui n’est pas leur salle de classe, est pour eux, pour qu’ils se sentent bien.

Pour commencer la séance, la sophrologue propose de « souffler très fort sur une plume ». Chacun s’applique. Et les deux demi-groupes successifs (la classe est divisée en deux pour chaque séance) ne réagissent pas de la même manière. Les souffles du premier groupe sont un peu timides. Les souffles du second plus énergiques !

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Un groupe qui bouge un peu plus… pas de problème ! Dominique laisse faire sans intervenir pendant quelques minutes.

La sophrologue accepte en souriant l’agitation momentanée. Elle laisse faire… puis réinstaure le calme en quelques secondes. En s’appuyant sur une histoire adaptée, elle propose à chacun de souffler sur une petite bougie sans l’éteindre.

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Du souffle fort au souffle maîtrisé… quelques secondes et le calme est posé.

Deuxième volet de la séance, Dominique guide les élèves pour qu’ils prennent conscience des contractions de leur corps : chacun devient « une statue toute dure », puis se détend totalement, « on relâche ».

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Contracter tout le corps, pour prendre conscience du relâchement qui suit.

Une respiration ventrale et un exercice d’automassage permettent ensuite de prendre conscience plus précisément de chaque partie du corps, de sa globalité, et de différentes manières de respirer. Les exercices ne consistent pas à se masser réellement, ni à forcer la respiration, mais à porter son attention sur les ressentis individuels. (Survolez les photos pour lire les légendes).

Fréquents, les temps de pauses rythment la séance : Dominique accompagne de sa voix claire et légère ; elle guide, recommande d’être attentif aux «sensations du corps, à la chaleur, au froid… ». Il n’y a ni silence trop long, ni accompagnement excessif : elle place ces mots lentement pour aider chacun à rester concentré sur son ressenti sans s’évader dans ses propres pensées.

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A la fin de la séance, les élèves sont déjà, pour beaucoup, dans l’intériorité.

Et pas de bavardage non plus de la part des élèves : « Si votre langue a envie de bouger, vous allez lui demander d’être tranquille aussi ! ». Un brin d’humour et un très léger changement d’intonation permet de recadrer le petit groupe, en douceur, quand elle le juge nécessaire. L’intervenante apprécie visiblement de travailler avec ces enfants et sait, de façon naturelle, gérer le groupe–quitte à recadrer lorsque cela s’avère nécessaire-.

Dernier temps de la séance, les élèves se mettent debout, et s’imaginent être des arbres. « Il faut qu’ils soient plus forts que le vent. On imagine qu’on a des racines qui descendent sous les chaussures. Attention, les pieds, collés au sol ! Le vent vient, mais on est costaud, on est super forts ! » L’image fonctionne, les enfants terminent la séance dans le calme, ancrés.

Après la séance, Isabelle, l’enseignante, donne son ressenti.

dsc_1053Convaincue de l’intérêt de la sophrologie, elle adhère totalement au projet : « L’objectif, c’est que l’on ait un langage commun dans l’école pour aider les élèves à retrouver le calme, la concentration, parce que c’est de plus en plus difficile. »

Autour d’elle, l’équipe est unanime pour décrire l’évolution du comportement des enfants : les observations rapportées dans le dossier « burn-out » sont identiques dans toutes les écoles. Les enseignantes alertent : de plus en plus d’élèves ont de grandes difficultés à se poser, à être calmes (sinon devant un écran) ; de plus en plus d’enfants sont en garderie dès 7h30 du matin pour vivre de très longues journées en collectivité, et parfois dès la Petite section ; et fait en apparence anecdotique mais révélateur, certains arrivent même parfois en n’ayant pas terminé leur petit déjeuner…

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Isabelle accompagne les élèves lors des exercices de respiration. Concentration partagée.

Ces constats étant posés, l’enseignante résume l’objectif de toute l’équipe : « Nous avons besoin de techniques de recentrage qui passent par le corps ». Elle sait que « 6 séances ne feront pas des miracles ». Mais ce sera déjà un premier pas pour « créer des images mentales pour apaiser, les aider à se concentrer sur leurs ressentis, au niveau du corps ».

Pendant la séance, Isabelle a volontairement laissé la sophrologue mener la séance, sans interagir sur le comportement des élèves. « Je me suis interdit d’intervenir, même si certains élèves testent l’autorité de Dominique et font des choses qu’ils ne s’autorisent pas avec moi. » Certes, la sophrologue sait gérer le groupe et trouve un plaisir évident à travailler avec les enfants. Mais Isabelle reconnaît :  » En tant qu’enseignante, on peut être gênée que les comportements ne soient pas exactement comme en classe. » Autrement dit, il n’est pas  toujours simple d’ouvrir sa classe à un intervenant extérieur : on peut avoir peur de laisser penser qu’on ne gère pas ses élèves !…

Dernier constat, Isabelle remarque que les élèves ne sont pas réceptifs aux apprentissages immédiatement après la séance. Elle le comprend : la séance de sophrologie est un temps de respiration, au sens propre comme au sens figuré. Et de déconnexion, pour les enfants comme pour elle. Aucun découragement pour autant, l’enseignante sait qu’il faut de la persévérance en toutes choses : « La prochaine fois, je ferai un temps de transition spécifique avant que l’on se remette au travail ».

Expérience à suivre ! Rendez-vous dans quelques semaines…

Dialogue parents-enseignants autour d’un enfant handicapé

Une rubrique spécifique de ce blog (en colonne de droite  du blog) recueille des témoignages de parents et d’enseignants ayant vécu une rupture de dialogue, avant de réussir à renouer l’échange autour de l’enfant-élève.

Pour ce 3ème cas de figure, les deux personnes qui partagent aujourd’hui leurs ressentis ont vécu des moments très douloureux. Il s’agit de la maman d’un enfant handicapé, qui a aujourd’hui 9 ans, et de l’enseignante qui l’a accueilli à l’âge de 3 ans. Des années plus tard, maman et enseignante ont pu de nouveau échanger posément, pour dire ce qu’elles avaient ressenti et ce qui avait motivé leurs actes respectifs.

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Le témoignage d’Isabelle, maman d’un petit garçon handicapé :

« C’était l’incompréhension totale. J’ai senti un rejet. »

« On a toujours su que Clément était différent. Mais tant qu’on ne sait pas vraiment, on a toujours espoir que son enfant y arrive : qu’il arrive à rester dans le milieu scolaire ordinaire. Parce que quand un enfant quitte ce milieu, on sait bien qu’il n’y reviendra pas. Et qu’il ne fera pas d’étude pour avoir un métier.

Quand il a fallu faire une demande d’AVS, en Petite section, nous avons fait le nécessaire. Mais un an plus tard, quand la même enseignante qui accueillait les PS-MS nous a annoncé ce qui se passait en classe, pour nous dire que ce n’était plus possible qu’il soit scolarisé toute la journée, là, ça a été l’incompréhension totale. Moi, je fais confiance dans l’institution. La parole de l’instit’, du prof, je vais le croire. Sauf là. Là, à ce moment-là, je me suis dit : les enseignants savent faire, c’est leur métier. Un enseignant doit savoir accueillir un enfant, quelles que soient ses difficultés. Donc oui, j’ai pensé que cette enseignante ne savait pas faire son métier. Qu’elle ne voulait pas de notre enfant. J’ai senti un rejet. C’était l’incompréhension totale.

Après coup, je peux dire qu’on n’était pas prêt à entendre. On ne voulait pas entendre. Il ne faut pas oublier qu’en tant que parents, on ne voit pas ce qui se passe dans la classe. Et si on le voyait, ce serait comme une claque en pleine figure.

Aujourd’hui, j’ai envie de dire que c’est peut-être grâce à tout cela qu’on en est là où on en est. Si l’enseignante ne nous avait pas alertés ainsi, on n’aurait peut-être pas fait d’examens médicaux aussi rapidement. Clément est hyperactif. Et une recherche génétique vient de montrer qu’il souffre d’un gène défectueux. Cela ne nous donne pas de solution : un gène, ça ne se répare pas. Mais vous ne pouvez pas vous imaginer comme cela nous enlève un poids à l’intérieur de nous. On appréhende différemment ses colères. On a un nom. Quand on aura un dossier à monter, maintenant, on pourra mettre un nom.

Au fil du temps, depuis la petite section, on a passé beaucoup d’étapes. Avec son médicament, Clément est resté scolarisé à l’école. Il a redoublé une fois. On gère année après année, période après période. Il a ses limites dans les apprentissages, notamment dans l’écriture. Mais il progresse, à son rythme.

Moi, de mon côté, j’ai décidé de me prendre en mains. Le quotidien est épuisant. Je fais des séances d’hypnose, je consulte un psychologue. Il faut se ménager des plages pour nous, les parents. Il faut trouver des sources d’énergie pour vivre les choses comme elles sont. Aujourd’hui, j’ose dire les choses : quand je ne reprends pas mon fils qui pique une colère, par exemple dans un magasin ou pendant une fête de famille, je sais qu’il vaut mieux ne rien dire, sinon ça empire. Les gens qui ne connaissent pas la situation font des commentaires ; mais je me suis endurcie.

Pour revenir à ce qui s’est passé à l’école, il y a 6 ans, je vois les choses différemment aujourd’hui. Après toutes les étapes passées, je pense qu’il vaut mieux que l’enseignant dise les choses au moment où il faut les dire. Et c’est vrai qu’un enseignant n’est pas médecin. Et là, pour Clément, le problème est médical… »

 

picto_handicap2      Le témoignage de Charlotte, l’enseignante qui a accueilli l’enfant :

« Il faut rester professionnel…»

« Lorsque j’ai accueilli ce petit garçon, j’ai tout de suite perçu les difficultés qu’il fallait surmonter : ce petit criait, se jetait par terre, tapait, à longueur de journées… Pour lui, le contexte de la classe, les contraintes de la vie en collectivité, tout cela créait une immense souffrance. Et même si l’AVS qui a été recrutée était une personne très observatrice, très pertinente dans son accompagnement, la situation n’a fait qu’empirer.

La deuxième année de scolarisation de cet enfant, j’ai été inspectée. Après avoir observé mon travail, et la manière dont les choses se passaient, l’inspectrice a constaté que même avec des adaptations, même en faisant tout ce qu’il était alors possible de faire, cet enfant ne pouvait pas bénéficier d’un apprentissage, aussi minime soit-il. Son conseil était donc de déscolariser l’enfant, au moins partiellement, pour que le temps de collectivité soit allégé. L’objectif était de pouvoir lui apporter ce que nous pouvions lui transmettre, sur un temps plus court pendant lequel il aurait été plus disponible.

Il a fallu dire cela aux parents de Clément. Et je dois le dire, l’Inspectrice est venue appuyer et argumenter sa position, en réunion, avec ces derniers. Pour moi, à l’intérieur de moi, il y a eu distorsion : que ma supérieure hiérarchique valide la qualité du travail que j’avais engagé, c’était un réconfort. Mais devoir dire que ce n’était plus possible, c’était un déchirement. Je sentais que les parents me jugeaient responsables de la situation, alors que j’avais fait tout mon possible. Je me souviens des regards de cette maman.

Je suis maman, moi aussi. Quand une maman pleure en réunion, je pleure à l’intérieur de moi. Je voudrais avoir la clef pour chacun de mes élèves. Mais il faut être humble. Il y a des difficultés qui ne peuvent être éclaircies que par les spécialistes extérieurs à l’école. Alors il faut dire la réalité : dire « nous ne savons pas faire », quand c’est la réalité, pour que s’engage des démarches auprès des médecins des spécialités concernées.

Ma posture peut paraître dure, je le sais. Mais je me tiens au fait que je dois rester professionnelle. La bienveillance, la compassion, je les ressens et je les vis. Mais par moment, quand il faut parler aux parents, il faut leur dire la vérité. Alerter tôt, c’est ce donner le maximum de chances de trouver des solutions. Ne rien dire, c’est leurrer les gens. Et j’assimile cela à une faute professionnelle.

Cela étant, les doutes sont énormes. A chaque fois que je suis confrontée à ce genre de situation (sachant que celle-ci a été la plus difficile de ma carrière), je me demande si j’ai cherché vraiment toutes les solutions possibles. A chaque fois, je me demande si mon regard est juste. A chaque fois, je regarde l’enfant sur la classe, dans la cour, et il me vient l’idée que cet enfant pourrait être le mien. Ce sont des doutes et des émotions très forts. Il faut les vivre et faire en sorte de rester lucide. « Rester professionnelle », c’est une petite phrase que je me répète souvent.

Pour revenir à Clément, j’ai été profondément heureuse d’avoir, un jour, l’occasion de reparler avec sa maman. Nous avons commencé à parler de tout et de rien, et puis, après quelques minutes, je n’ai pas pu retenir ma question : « Et Clément, comment va-t-il ? ». Isabelle m’a raconté toutes les étapes. Je suis heureuse pour lui, et pour ses parents, de l’évolution de la situation, même si j’entends bien toutes les difficultés encore. Et je suis très heureuse que nous ayons renoué le dialogue. Elle sait que j’ai fait au mieux, et je comprends ce qu’elle a ressenti. Cette compréhension et le fait de savoir que mon travail a permis de faire avancer les choses, c’est apaisant. Et cela me conforte pour la suite de mon travail. »

Texte : Florence Raguenez

Illustration : Florilège  -   http://florilege6.blogspot.fr/

Burn-out : témoignages et analyses

« Le quotidien (heureux ?) des professeurs des écoles »…

A la hauteur du point d’interrogation posé, dans le titre de ce blog, se vivent des situations qui peuvent aller jusqu’à la détresse.

Merci aux 4 personnes qui ont accepté de témoigner, de façon anonyme.

La 1ère, Anne, a été une enseignante passionnée… jusqu’au burn-out. Elle raconte : d’un jour à l’autre, sans s’en rendre compte, elle a perdu pied ; et a dû changer de métier.

PICTO_SOUSX1La deuxième, aborde la fin de sa carrière en posant des mots clairs, ceux que les enseignants n’osent pas toujours dire, sur les liens entre l’évolution de la société, et la vie au sein des classes et des écoles.

Enfin, deux conseillers de terrains ont accepté, eux aussi, de témoigner : en charge de l’accompagnement des enseignants, ils constatent les évolutions du métier qui peuvent les fragiliser.

Au-delà de l’écoute de chacun, de toutes ces personnes confrontées aux difficultés du métier, se dessinent des pistes de solutions.

 

1er témoignage : Anne

« Un matin, je n’ai pas pu me lever. »

Anne a fait un burn-out il y a six ans. Enseignante enthousiaste, impliquée dans tous les projets, elle n’a jamais réussi à revenir dans sa classe. Six ans plus tard, elle a trouvé un autre travail, et peut raconter ce qu’elle a vécu. Ses pleurs, par moment, révèlent encore une douleur, comme un deuil en cours. Le deuil de son métier.

« Un matin, je n’ai pas pu me lever. C’était tout un ensemble, j’étais dans un état second. Je n’ai jamais réussi à remettre les pieds dans ma classe. C’était en mars 2011. Le médecin a mis le mot « burn-out ». J’ai pris des antidépresseurs pendant un an, jusqu’à ce que je puisse prendre ma retraite : ce jour-là, j’ai été libérée, je me suis sentie apaisée. »

Pendant cet arrêt, l’accompagnement d’un psychiatre a permis à Anne de comprendre ses angoisses. « A chaque fois que j’allais chez lui, il y a un nœud qui sautait. Mes angoisses venaient de l’école, mais elles diffusaient sur toute ma vie. Toutes les nuits, je faisais des cauchemars, je bossais jour et nuit, je n’arrivais plus à m’en sortir. Et à la maison, j’étais insupportable. Le psy m’a permis de me libérer de toutes les culpabilités que j’avais, et notamment celle d’être une mauvaise enseignante. »

Anne raconte les signes annonciateurs, et parle d’emblée d’un premier arrêt de 2 mois, pour dépression, en 2005. A l’époque, un évènement déclencheur l’avait fait basculer. « Il y avait dans ma classe un enfant autiste, au syndrome Asperger. Un jour, j’étais en surveillance de cour, et je l’ai vu à la fenêtre. J’ai eu très peur. Il n’avait pas encore d’AVS. La demande a été faite ensuite, l’AVS a été mise en place à la rentrée suivante. » Suite à cet arrêt, Anne reprend le travail à mi-temps, pendant 4 ans. « Mais je me suis rendue compte que le mi-temps , ce n’était pas mon truc. Je n’avais plus la maîtrise des projets, de ma classe. Et puis, pour des raisons financières aussi, il a fallu que je reprenne à plein temps, en 2009. »

Au fil du temps, et grâce au suivi entamé avec le psychiatre, Anne a tiré les fils du malaise qui l’a envahie, petit à petit. Il y a, d’une part, les évènements extérieurs, le comportement des autres.

Anne parle d’abord de l’attitude de certains parents. « Quand un enfant est en difficulté, on alerte. Mais ils ne veulent pas entendre. On a beau dire les choses, ils n’acceptent pas. Après coup, les choses avancent, mais sur le coup, c’est douloureux. Et j’avais l’impression de manquer de formation, pour ces enfants en difficultés. »

Plus largement, en dehors d’une situation liée à un enfant en difficultés, Anne pointe l’évolution des comportements éducatifs : « Je ne veux pas généraliser, mais c’est une situation de plus en plus fréquente : les parents lâchent prise quant aux exigences posées pour l’enfant. Les loisirs passent avant l’école : on peut avoir un élève absent, parce qu’il est allé à la fête de la musique la veille au soir. Et ils n’osent plus dire « non » à leur enfant, sans doute parce qu’ils ont peur de perdre l’amour de celui-ci. Parce que la société est ainsi : tout doit être loisirs, plaisirs, épanouissement personnel…

Paradoxalement, ils mettent de la pression pour que l’enfant réussisse, donc ils font classe à la maison. Ils n’ont plus confiance en nous, ils n’ont plus confiance dans le système. »

Autre facteur de souffrance, Anne décrit aussi le poids du travail administratif après la classe : « Les corrections, les évaluations, les préparations des cours…. Tout cela me pesait beaucoup plus que les relations parfois difficiles avec les parents et certains enfants. » Le témoignage de Madeleine  permet de comprendre la manière dont ce travail « caché », conjugué à un investissement personnel fort, envahit la sphère privée et peut ainsi participer au déséquilibre.

Cela étant, mais dans une moindre mesure, Anne souligne aussi le poids des réformes incessantes : « J’ai fini par avoir l’impression que plein de choses ne me correspondaient plus. La mise en place du soutien, par exemple : j’avais l’impression de m’acharner, avec des élèves qui n’étaient plus en état de travailler… J’avais le sentiment de suivre un mouvement auquel je n’adhérais pas, et d’être remise en cause à chaque nouvelle réforme. La dernière année avant mon arrêt, j’ai donc pris une classe en maternelle, en TPS-PS. J’ai cru que je m’y sentirais mieux, que ça allait me relancer. Mais il y avait… des évaluations ! J’avais l’impression d’être en primaire. Cela m’a dégoûtée… »

Au sein de la classe, le comportement d’un élève peut être un facteur aggravant : « La dernière année, j’avais un élève immaîtrisable. Même ses parents n’avaient pas le dessus sur lui. Ils le déposaient le matin, en nous disant qu’il n’avait pas dormi, qu’ils n’avaient pas dormi. Il écrivait sur les murs… J’étais obligée d’employer la force pour le maintenir, pour le ceinturer. J’avais l’impression d’une violence, et cela me rendait malade de penser que les autres en étaient témoins… Quel sentiment d’impuissance, par rapport aux difficultés de cet enfant ! Et puis il me pompait une telle énergie… Alors on se remet en cause tout le temps : je ne suis pas capable, je suis nulle… »

Cela étant, Anne discerne les points de jonctions entre cette réalité, et ses propres fragilités : « A l’école, j’étais à fond. Même moi, je ne me rendais pas compte de ce qui se passait au fond de moi. Dans l’équipe, on vivait une belle amitié, de la bienveillance, et j’ai beaucoup travaillé en binôme avec une amie, avec laquelle j’étais très complémentaire. Elle me portait beaucoup. On était presque en osmose, et quand elle est partie en retraite, c’est vrai que j’ai eu du mal… Au niveau de l’équipe, c’est vrai aussi que la fatigue est parfois terrible : en fin de période, en fin d’année, les gens sont parfois hyper-fatigués, très sensibles. Mais cela ne me faisait pas souffrir. En réalité, j’étais très enthousiaste, toujours partante pour les nouveaux projets. Mais c’est vrai que j’intériorise trop. J’ai envie de tout gérer, de ne pas laisser de place à l’improvisation. Il faut que les choses soient cadrées. Aujourd’hui, je comprends qu’il ne faut pas vouloir tout gérer… et en même temps, c’est ce que l’on nous demande ! On ne peut pas tout maîtriser. »

Pour retrouver confiance en elle, Anne parle d’un bilan de compétences qu’elle a effectué, pendant l’année de son arrêt de travail : « Cela m’a beaucoup aidée, parce que je me suis rendue compte que j’étais capable de faire autre chose… Le pire, c’est que les différents tests que j’ai faits ont révélé que j’étais faite pour l’enseignement ! Mais j’ai pris conscience que ce n’était plus la peine d’insister. Alors j’ai financé une formation en bureautique, et j’ai passé des concours. Aujourd’hui, je suis vraiment heureuse. Je ferme la porte de mon bureau, et j’ai fini. En classe, je ne réussissais pas à cloisonner. Je n’avais pas l’impression que c’était un travail… alors finalement, je travaillais tout le temps. Mais il faut faire la part des choses. »

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Poser les mots, et les maux, au fil des jours… Le travail effectué avec le psychiatre s’est accompagné d’écriture.

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« Burn-out » : sur-engagement toxique, quand le travail devient un mode de vie… PICTO_SOUSX2

« 12,6% de la population active française présenterait ces deux phénomènes provoquant un risque élevé de développer un syndrome d’épuisement professionnel couramment nommé burn out. Les agriculteurs exploitants sont ceux qui sont les plus touchés: près d’un quart d’entre eux.

…/…

Le burn-out touche aussi un artisan, commerçant, chef d’entreprise ou cadre sur cinq. «Parmi les cadres, ceux qui travaillent dans le secteur de la connaissance comme les enseignants par exemple sont les plus concernés parce qu’ils ont fait du travail un mode de vie. Pour les métiers hautement concernés par les nouvelles technologies: il n’y a plus vraiment de séparation entre la vie privée et la vie professionnelle, ce qui induit un surengagement», indique Jean-Claude Delgènes, directeur général de Technologia. Pour ce dernier, l’économie du numérique et de la connaissance et la déportation du travail font que le travail consomme du temps et évacue toutes les autres activités. «L’espace et le temps ne comptent plus, ce qui rend d’ailleurs impossible de quantifier le travail. La maladie des temps modernes, c’est le mauvais usage des télécommunications», lance-t-il.

http://www.lefigaro.fr/economie/le-scan-eco/decryptage/2015/05/19/29002-20150519ARTFIG00011-burn-out-quels-sont-les-metiers-a-eviter.php

Un chiffre, pour resituer : 

« Une étude de la Dares (ministère du travail) de février 2013 a calculé le taux d'absentéisme par branche professionnelle. Ce taux est de 3,2% pour les enseignants soit moins que la moyenne nationale (3,6%). Les taux les plus élevés se trouvent dans le bâtiment ou la santé. D'une façon générale, le taux varie selon le niveau de souffrance physique ou psychologique au travail et selon la catégorie sociale. Les ouvriers sont trois fois plus absents que les cadres. Des réalités qui résistent aux leçons de morale... »

http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2015/03/02032015Article635608765035810711.aspx

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2ème témoignage : Marie

 « La collectivité n’éduque pas un enfant ! »

 Marie prendra sa retraite dans un an. Son humour à toute épreuve lui permet de raconter le quotidien, sans faire de concession.

« Ce que je dois reconnaître d’abord, c’est que j’aime toujours ce que je fais, malgré les années. Et je le ressens quand je suis avec les enfants. » Enseignante aguerrie, Marie décrit cependant la fragilité de l’équilibre quotidien. « La maternelle, c’est un défi permanent : on ne sait jamais comment peut tourner la situation. C’est comme une scène de théâtre, dont on est le metteur en scène. Une scène où règnent le travail, le respect, la découverte, l’humour, le calme, le rire et la bonne humeur.»

Si l’enseignante apprécie tant de voir évoluer les enfants, de constater qu’ils s’intéressent, qu’ils sont demandeurs, qu’ils sont actifs… elle reconnaît aussi que le métier est bien plus difficile que lorsqu’elle a débuté. Précaution prise : « il ne faut jamais généraliser et ne pas idéaliser le passé ».

Quelles sont ces difficultés ?

« Il y a le nombre d’élèves dans une classe », constate-t-elle d’emblée. « Dès qu’on arrive à la trentaine d’élèves, on a du mal à s’en sortir ! » Concrètement, la vigilance pour chacun ne peut être optimale. « Il faut toujours avoir en tête que chaque enfant est différent. Et que notre priorité, c’est que les enfants soient heureux d’être à l’école. Cela aussi, c’est un défi : parce que le nombre ne participe pas au bonheur de chacun, et parce qu’on n’a pas toujours le temps et les moyens de respecter ces différences. » Sur ce point, Marie évoque le travail avec l’Asem. « Les Asem sont un des piliers de la maternelle. Et j’ai la chance de travailler avec quelqu’un d’extraordinaire, qui fait les choses délicatement, qui prend son temps, et qui sait adapter le travail que j’ai prévu s’il y a besoin. »

Deuxième grande difficulté : l’accueil et le travail fait pour les enfants qui ont un comportement perturbé.

Premier type de cas, « Les enfants qui n’ont pas de cadre éducatif ne représentent pas une majorité, mais cette minorité compte 2 fois plus que les autres, au sein du groupe classe. » Concrètement, ces enfants-là ne savent pas ce qu’est une règle (par exemple : marcher et non pas courir, écouter l’adulte et respecter une consigne donnée, même simple, comme rester assis quelques minutes). Pour eux, la découverte de la vie en collectivité, indissociable de règles nécessaires, est un choc.

Parmi ces enfants, Marie évoque aussi le cas des petits surprotégés. « C’est sans doute, en partie, parce que les parents ne font plus 100% confiance dans l’école, comme il y a 50 ans. C’était peut-être excessif à l’époque… mais c’est maintenant l’excès inverse. » Dans la foulée, elle parle aussi de la gentillesse de beaucoup de parents qui s’inquiètent pour leurs rejetons. La surprotection ne se traduit donc pas toujours par de l’agressivité vis-à-vis des enseignants… à condition de ne pas l’interpréter par un manque de confiance.

Deuxième cas de figure, parfois étroitement lié au cas précédemment décrit, Marie décrit des « situations familiales pas paisibles ». « Les gens ne s’en sortent pas, ils avouent ne pas savoir comment faire pour poser l’éducation. » Il y a alors une oscillation, comme une « affection en dents de scie », entre « une surenchère de vocabulaire affectueux, alors que l’enfant va être laissé volontairement à la garderie et au centre aéré, parce que le parent a trop de peine à s’en occuper. »

Mais sur le sujet, Marie s’insurge : « Ce n’est pas la collectivité qui éduque un enfant ! »  Et d’insister : « La collectivité à longueur de journée, c’est violent, pour un petit ! »

L’enseignante constate pourtant que l’école accueille des enfants qui ne sont pas prêts, qui viennent trop vite y vivre des journées entières. Et ce n’est pas faute d’avoir diffusé l’information : Marie sait que sa chef d’établissement met en garde les parents sur le fait que la collectivité à outrance est très difficile à vivre pour des petits. Si cela peut se comprendre pour certaines familles, qui n’ont pas d’autres choix, cela interpelle sur ce que l’on souhaite pour chaque enfant.

Troisième situation parfois difficile, certains élèves dont les parents sont séparés ne sont pas « sécurisés ». « Il y a des enfants perturbés parce qu’ils ne savent pas qui est qui, ou parce qu’il y a beaucoup de trajets à faire, quand il va voir papa ou maman… Certains parents veulent peut-être aussi compenser, le manque de présence ou la perturbation liée à la séparation, en offrant à l’enfant beaucoup de jeux, des virées au Mac Do… alors que ce n’est pas de cela, dont le petit a besoin. Et puis, ils ne fâchent pas leur enfant, parce qu’ils ont peu de temps à partager ensemble. » Cela dit, l’enseignante prend soin de ne pas généraliser : les comportements ne sont pas toujours liés à la structure parentale. « Certains enfants de parents séparés ou de parent isolé sont très calmes ! »

Autre constat, Marie pointe un autre souci également lié à l’évolution des structures familiales : « les parents de nos élèves sont désormais très souvent éloignés du reste de leurs familles. Donc le jour où l’enfant est malade, on ne sait pas où le mettre… donc on l’envoie à l’école. » Et c’est parfois une souffrance pour l’enfant que d’être obligé de vivre la collectivité alors qu’il est épuisé. « On voit aujourd’hui, quand les gens viennent chercher leur enfant, des parents qui attendent dans le couloir, parfois à la queue leu-leu… Il y a des familles qui ne parlent à personne. Il y a du mal-être dans tout cela, un manque de relations humaines. »

Cela étant, Marie observe, mais ne juge pas. « Le métier de prof’ des écoles et le métier de parents, c’est bien différent. Il y a des parents qui pensent que nous les jugeons. Ce n’est pas le cas. Mais il faut rappeler des choses de bon sens. Et notamment, que ce qui est interdit aujourd’hui, est interdit demain !… Une règle posée, avec bienveillance, doit être respectée. »

Marie n’enjolive pas le quotidien, et vit cependant sereinement son évolution. Comment réussit-elle ? « Le fait d’aimer son métier, fait que l’on essaye toujours de trouver des solutions. Le but du jeu, c’est de montrer à chaque enfant que l’on attend de lui des choses positives. Il faut essayer de trouver pour chacun la meilleure manière de faire… même si ce n’est pas toujours facile. Et c’est à nous, de l’aider à trouver du positif dans ce qu’il est. »

Pour ce qui est des enfants au comportement compliqué, entre fermeté et souplesse, le bon dosage est souvent difficile à trouver. « Il faut trouver des solutions, sinon ils peuvent faire tourner la classe en vrille. Mais il ne faut pas non plus se focaliser sur eux, pour ne pas pénaliser les autres, pour ne pas s’épuiser nerveusement, et pour avancer doucement avec l’enfant qui a des problèmes. »

Pour tout cela, Marie insiste sur la nécessité d’utiliser des mots justes. Et parmi eux, elle cite le mot et la notion de « respect ». « Jeter de la nourriture à la cantine, ou ne pas écouter l’enseignant, tout cela, c’est un manque de respect. » Une posture essentielle qui doit se décliner à tous les niveaux, y compris entre les adultes qui oeuvrent pour les enfants.

 

FOCUS >

Evolution des familles : sans idéaliser le passé, quels impacts sur les enfants d’aujourd’hui ?

Une émission très intéressante, l’analyse de Serge Hefez, psychanalyste et thérapeute familial et conjugal  >

http://www.franceculture.fr/emissions/l-invite-des-matins/histoires-de-familles?xtmc=évolution de la famille&xtnp=1&xtcr=7

Cliquer sur « L’histoire des familles, l’invité des matins » 16 mn


ANALYSE > 

Les évolutions de la société questionnent le sens du métier

Ils ont à leur actif des années d’expériences en tant qu’enseignants et chefs d’établissements. Aujourd’hui conseillers auprès de professeurs des écoles, Nathalie et Pierre témoignent.

Avant toute chose, le mot « burn-out » doit être précisé : « Il y a des enseignants qui ne sont pas en arrêt, mais qui sont en grandes difficultés dans le métier. Ces grandes difficultés sont liées soit à la pratique professionnelle, avec une gestion de groupe qui va impacter petit à petit le personnel, soit à des problèmes personnels qui impactent le professionnel… et c’est la spirale descendante. Et leur situation ne s’améliore pas, même en changeant d’école », constate Nathalie. La souffrance peut donc être discrète ; elle n’en n’est pas moins là.

Autre constat, les jeunes professeurs sont touchés, eux aussi. Un focus déjà publié dans ce blog mentionnait le phénomène (focus diffusé à la fin de témoignage de Madeleine). Et Nathalie de préciser : « On peut avoir passé tous les filtres pour exercer, mais l’idée que l’on s’est faite du métier est décalée de la réalité. » Phénomène dont l’ampleur interpelle : les conseillers estiment à environ 10%, le nombre de jeunes enseignants en souffrance face à la réalité du métier.

Mais quelle est cette réalité, qui fait aussi partir en vrille des enseignants expérimentés ? Pierre et Nathalie listent, point par point, ce qu’ils constatent, et ce pour quoi ils essayent de trouver des solutions.

Premier axe de difficultés, le travail en lui-même. « Dans ce métier, l’étendue des possibles est infini », résume Pierre. Dans ce registre, en plus de l’ampleur du travail de préparation, de corrections, et les incessantes réformes, Nathalie pointe les effets induits de la différenciation pédagogique : elle peut aussi ne jamais avoir de limite. « A force de différencier pour chaque élève, on peut travailler toute la nuit ! »

PICTO_SOUSX1De fait, les perfectionnistes peuvent s’y perdre : «L’étendue des tâches à assurer est peut-être devenue trop large… Alors à force de vouloir faire tout, très bien, on ne peut pas tenir », constate Pierre.

Résumons le cercle infernal : travail jamais terminé, envahissant la sphère privée, heures de sommeil réduites, difficultés de gestion de classe, difficultés à prendre du recul sur les stress du quotidien, dégradation de l’image que l’on a du métier, dégradation de sa propre image… Comment rompre la boucle ? La solution devrait passer par une forme de lâcher-prise, à bon escient : s’octroyer des temps de pause, quitte à ne pas avoir tout fait parfaitement, pour ensuite pouvoir discerner l’essentiel de ce qui l’est moins.

Et toujours dans le sens des attentes qui pèsent si lourd sur les épaules des enseignants, Pierre pointe l’une des conséquences de la loi 2005, pour l’accueil des élèves à besoins éducatifs particuliers. « Cette loi n’a pas été accompagnée des moyens nécessaires ». Anne, dans le premier témoignage ci-dessus, raconte les souffrances qui s’en suivent : les professeurs accueillent des élèves à besoins particuliers sans être formés pour cela, mais tout en recevant le message que c’est à eux d’agir pour l’enfant accueilli : quant aux parents, ils attendent que l’enseignant réussisse à faire progresser leur enfant. De fait, le sens du métier, qui est d’accompagner l’enfant dans ses apprentissages et dans son épanouissement, s’en trouve profondément mis à mal.

Deuxième axe de difficultés, « Les repères familiaux ont changé », résume Nathalie. «  Et dans le même temps, l’école est un sanctuaire qui ne bouge pas », résume Pierre. Pour compléter tout ce qui a été relaté dans les témoignages précédents, et qu’ils confirment, les conseillers osent parler d’un problème de plus en plus fréquent : le manque de repères éducatifs. Les horaires de coucher, les repas pris en famille, ne sont pas toujours des « points d’ancrage » posés pour le bien-être de l’enfant. Et au-delà de cela, la permissivité excessive, qui peut notamment aboutir à un temps passé sur écrans non limité (et parfois au visionnage d’images pornographiques), est une autre évolution constatée. De fait, les comportements sur les cours d’école s’en ressentent. Et font l’objet de procédures. Fait révélateur : le mot « harcèlement » est de plus en plus rapidement utilisé, de la part des familles. Au milieu de tout cela, les enseignants et l’école se sentent pris en défaut, veulent « apporter une réponse éducative »… et se trouvent fragilisés.

De fait, l’évolution de la société aboutit à une distorsion. Pierre : « Contrairement à autrefois, les jeunes parents ne font pas confiance. Il y a notamment, par exemple, une différence entre les attendus des parents sur la pédagogie, et la réalité : les jeunes parents imaginent souvent une école comme autrefois, car la méthode transmissive les rassure ! Et il y a, aussi, une différence entre les attendus de l’enfant, qui aimerait bien apprendre sur une tablette, et la réalité de la classe. » Question de fond : dans cette relation triangulaire parents-enseignants-enfants, qu’est-ce que chacun attend de l’autre ?

Troisième axe de difficultés, les conseillers pointent deux spécificités du métier. La première, est liée à une évolution rapide du rapport au temps, et à la localisation : Monique l’exprime dans son témoignage :les enseignants d’autrefois habitaient la commune et ne comptaient par leurs heures de présence dans l’école. La reconnaissance ressentie, à l’époque, équilibrait l’investissement à sa hauteur. Ceux d’aujourd’hui habitent souvent loin de leur établissement : la famille, les grands-parents, étant éloignés, les enseignants sont comme tous parents, pressés par le temps pour leur propre famille. « Et les 108 heures appliqués en 2008 ont instauré une logique comptable du temps de travail, sachant que les 4,5 jours en ont rajouté. » Logique comptable qui ne peut avoir de sens lorsque l’on prend en considération les heures de travail « cachées », évoquées dans le témoignage de Claire. Encore une fois, l’évolution du métier questionne le sens qu’on lui confère.

Pierre pointe également une seconde spécificité, « liée au fait qu’un professeur des écoles est l’unique enseignant, pour chacun de ses élèves, tout l’année ». C’est un facteur de fragilité. Pour solutions, les liens avec l’extérieur de la classe sont autant de points d’appuis : liens aux collègues, liens aux enseignants spécialisés, liens aux professionnels spécialistes (psychiatres et psychologues, orthophonistes, psychomotriciens, etc.), permettent de partager les questions, trouver des solutions, donc résister aux difficultés. « Instit’, c’était un sport individuel ; prof’ des écoles, c’est un sport d’équipe », résume le conseiller. Mais la peur d’être jugé peut empêcher cette ouverture. « Parfois, l’enseignant voit que d’autres s’en sortent bien, que la classe d’à côté est mieux. Il s’enferme,  n’ose pas en parler, et l’écart se creuse… »

Toutes ces évolutions questionnent le sens du métier. Comment maintenir le cap, si l’on n’a plus la confiance des parents, si les repères éducatifs transmis à l’école ne sont plus ceux qui fédèrent les familles ? Comment résister, si les textes et les contraintes se surajoutent les uns aux autres et changent régulièrement ? En résumé : comment faire, en tant qu’enseignant, pour continuer de croire au sens de son métier ? Aux réponses déjà dégagées précédemment par toutes les personnes qui témoignent dans ce blog, les deux conseillers ajoutent : « Une vraie piste pourrait consister à repositionner l’école dans la relation aux familles, pour créer une relation de confiance. Il faut imaginer des idées nouvelles pour cela : des idées pour expliquer et valoriser ce que l’on fait, ce que l’on attend en termes d’accompagnement à la scolarité, anticiper sur les craintes, prévenir… Mais cela implique d’avoir de la confiance en soi, et une parfaite maîtrise du métier, parce que faire tout cela, c’est aussi s’exposer. » Un travail de communication, d’information, au vrai sens du terme.

Texte et photo : Florence Raguenez

Conception des visuels : http://florilege6.blogspot.fr/

Initiative originale : quand les parents s’occupent de tout !…

« Les petits pâtissiers » : c’est le thème de deux demi-journées renouvelées chaque année, dans cette école maternelle constituée de 4 classes, 126 élèves, à une centaine de kilomètres de Rennes. Ici, pour cette action, une spécificité : aucun enseignant n’est présent dans la pièce ! Mais le lien entre l’école et les familles n’en n’est pas moins tangible pour autant.

Aujourd’hui, fin avril, 12 parents sont au travail, dans une pièce entièrement consacrée à l’évènement, au sein de l’école. A tour de rôle, par groupe de 10, les élèves de tous âges (entre 3 et 6 ans) sont pris en charge par trois parents. Objectifs : créer du lien ; et concocter 40 gâteaux pour une vente au bénéfice d’une association pour enfants handicapés.

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La présidente de l’Apel de l’école, Samia, accompagne un petit groupe d’élèves.

« C’est l’équipe de l’APEL qui se charge de tout », explique Samia, la présidente de l’association de parents (photo ci-contre). Les aspects logistiques représentent « beaucoup de travail » : les recettes choisies, les quantités, les achats, l’information pour inviter les parents à participer.

Dans cette école, comme dans beaucoup d’autres, plusieurs occasions permettent aux parents de participer à la vie de l’école. Matinée « travaux », journée « Petits artistes » (proche du concept d’un reportage déjà publié), existent aussi, et depuis quelques années. Mais cette journée-ci a une spécificité : les parents ont la charge de tout le travail, et aucun enseignant n’est présent dans la pièce.

« Il y a beaucoup de rires, et c’est l’esprit de notre association : réunir des gens différents », explique Samia. « Pour cela, nous avons aussi créé un « café parents », chaque veille de vacances, le matin. Nous faisons cela dans le hall, pas dans les classes : c’est un lieu informel, et nous allons à la rencontre des parents. La première fois, les gens étaient hésitants, ils n’avaient pas le temps. La deuxième fois… on n’avait plus de place pour accueillir tout le monde ! »

A la question de savoir si ces initiatives contribuent au lien parents-enseignants, la présidente répond : « Nous sommes sur le volet convivial, pas éducatif. Nos initiatives ont pour effet de nous mettre à l’aise dans la communauté de parents. Mais elles ont un côté « superficiel », donc je ne sais pas si cela aide les échanges. Je ne sais pas si cela aide les parents à être à l’aise avec les maîtresses. »

Cela dit, à observer les visages des enfants, il est évident que cette initiative participe à leur bien-être en tant qu’élèves : pour eux, constater concrètement la présence des parents au sein de l’école a du sens. Et s’ils sont encore trop petits pour le dire, quelques photos valent mieux qu’un long discours…

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Une maman qui entre dans l’école pour « faire » avec les élèves : le lien parents-école se construit petit à petit, grâce à des moments comme celui-là.

 

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Instant suspendu… et magie de l’organisation : les adultes supervisent, mais ne font pas « à la place de ». L’enfant de 3 ans participe, réussit, sous le regard attentif des « grands » de 5 ans. Bonheur de chacun !

 

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12 parents, répartis pour guider 4 groupes de 10 élèves de maternelle ; et les ateliers tournent au rythme de la matinée. On rit… on papote… et on s’active !


Témoignages de parents

Emmeline, maman de 3 enfants, TPS, MS et un nouveau-né d’un mois.

« Je suis engagée dans l’Apel, et j’ai des disponibilités parce que je ne travaille pas en ce moment… donc j’en profite pour donner un coup de main. Et c’est une attente de la part de mes enfants. Ce que je découvre, avec cette journée, c’est la « discipline » qui existe (les enfants suivent très bien leur groupe), et le bruit. On se rend compte de la fatigue que cela génère… »

Fernand, papa de deux enfants, en PS et en GS.

« C’est la première fois que je participe ! Je me sens un peu seul en tant que papa !(dit-il avec le sourire !)… C’est super sympa pour les enfants, et pour nous, d’être ensemble pour cuisiner. J’ai fait le lycée hôtelier, et je travaille en restauration. Les lundis et les mardis sont mes jours de repos. Donc j’étais disponible aujourd’hui ! Ce qui est bien, pour les enfants, le fait que les parents soient là. Pour nous, ça nous fait rencontrer d’autres parents, et c’est très sympa. Parce que sinon, je n’ai pas le temps… »

Magali, un enfant en TPS, un autre en crèche.

« Ce que je découvre aujourd’hui, c’est la relation des enfants au sein des groupes : l’apprentissage de la vie en groupe, le fait d’apprendre à attendre son tour… C’est vrai DSC_0646que tout cela, ça s’apprend pendant les 1ères années d’école. Pour ce qui est du bruit, il ne me dérange pas : c’est un brouhaha… Mais je ne suis pas étonnée que cela fatigue les enfants. Et on nous l’a bien expliqué, en début d’année, pour l’entrée à l’école : les journées entières sont très fatigantes, notamment à cause du bruit. »

Sarah, maman d’une élève :

« Une matinée comme ce matin, on se sent inclus dans les activités : les parents font partie de l’école, presque autant que les enfants ! Je suis là pour être avec ma fille… »


DSC_0697Le regard de Nathalie, chef d’établissement :

« Ces demi-journées « Petits Pâtissiers » existent depuis au moins 15 ans…Et les parents y tiennent beaucoup. L’action est tellement bien rôdée qu’elle perdure, même si les équipes Apel se renouvellent. Ce que je trouve intéressant, c’est bien sûr que cela participe au lien et à la confiance entre les parents et l’école. Et ce qui est spécifique à cette action, c’est la confiance accordée, aux parents, de façon implicite, puisqu’ils gèrent seuls non seulement toute l’organisation, mais surtout tout le travail avec les enfants. Ce que j’aime bien, aussi, c’est que ce ne sont pas forcément des membres actifs de l’Apel qui s’engagent sur ce deux matinées. Et ce ne sont pas non plus les mêmes parents que ceux qui viennent aux autres actions, comme aux « Petits artistes ».

Du côté de l’équipe enseignante, quand il y a des nouveaux, ils ont parfois un peu de mal à accepter l’idée de laisser partir leurs élèves sans avoir de regard sur ce qui se passe pendant l’atelier cuisine. C’est vrai aussi qu’il y a un calage à faire entre parents et enseignants pour que tous les enfants partent par petits groupes, en mêlant les âges… Ensuite, les nouveaux enseignants font confiance, ils voient que tout fonctionne parfaitement bien… Et ça roule ! C’est vrai qu’il y a des actions qui peuvent déstabiliser, parce que cela change les habitudes : on chamboule l’organisation de la classe. Mais tout le monde participe, et en retour, il y a tellement de retours positifs ! »

Merci à cette école (parents et équipe enseignante), pour la confiance accordée, et pour tous ces témoignages.

Texte et photographies : Florence Raguenez

 

Dialogue parents-enseignants : un nouveau prof’ est nommé dans l’école…

Suite de la rubrique : "dialogue parents-enseignants : blocage et témoignages"... Après le premier cas (une répartition d'élèves en classe double-niveau), voici une autre situation parfois problématique : 

un nouvel enseignant est nommé dans l’école.

Une nouvelle fois, je fais le choix de recueillir le témoignage d’une maman et d’un enseignant qui ont réussi à instaurer un dialogue confiant. Leur expérience donne des pistes transposables. Merci à eux.

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Témoignage de la Maman de Tifenn.

« Tifenn n’aime pas le changement. Pendant ses années de scolarité, en primaire, elle a eu trois fois des suppléantes pour les congés maternité de ses maîtresses. Et cela s’est parfois mal passé : elle se mettait à paniquer au moment des évaluations, les notes passaient d’un extrême à l’autre. Et son comportement changeait aussi. Alors, ce qui nous a inquiétés, c’est peut-être moins l’arrivée de quelqu’un de nouveau de l’école… que le départ de l’ancienne maîtresse, qui était très compétente. Pour tout dire, nous avons déménagé l’an dernier, mais nous avons fait le choix d’inscrire malgré tout notre fille dans la même école, quitte à faire les trajets, pour qu’elle soit avec cette maîtresse en CM2, qui est partie.

Alors, oui, on a été déçus et inquiets de savoir qui la remplacerait.

De ce fait, nous avons eu un entretien avec l’ancienne enseignante. Elle nous a dit qu’elle laissait tous ses dossiers au nouveau venu, et un petit bilan concernant notre fille. Mais elle nous a dit aussi qu’il n’avait pas tout à fait les mêmes méthodes qu’elle. Aujourd’hui, nous comprenons… mais sur le moment, ça nous a un peu inquiétés.

Quant à la chef d’établissement, elle nous a rassurés en nous disant qu’il avait déjà enseigné deux ans avec des CM. Et elle nous a dit qu’il fallait faire confiance.

De toutes les façons, on s’était mis d’accord avec la maîtresse précédente : on savait qu’on prendrait rapidement rendez-vous avec le nouvel enseignant, dès le début de cette année, pour faire le point.

Et puis je reconnais que j’ai fait la démarche de téléphoner à une autre école… au cas où, pour prendre rendez-vous. Mais la décision de maintenir l’inscription de Tifenn s’est prise rapidement, et pour plusieurs raisons différentes, notamment pour l’organisation familiale.

A la rentrée, nous avons donc rapidement pris rendez-vous. Paul, l’enseignant, nous a écoutés, et il a su nous rassurer. Il avait bien reçu les consignes de sa collègue, et il les avait bien intégrées. Il nous a dit qu’il allait en tenir compte, et comment il allait procéder. Il s’est montré très ouvert.

De côté de notre fille, elle s’est très vite adaptée. Il est rigoureux, et il a su trouver la méthode pour se faire respecter, en faisant passer les apprentissages. Tifenn a adhéré à son style : elle est très épanouie, elle a pris de l’assurance ; elle a du plaisir à aller à l’école, et elle aime beaucoup son maître. Et quand on a vu les premiers résultats d’évaluations, on s’est dit : ça roule !

Maintenant, il reste la question de la préparation à l’arrivée en 6ème. Avec la précédente enseignante, on savait que la transition se passait bien. On verra l’année prochaine… »

 

Témoignage de Paul, l’enseignant.

« Ce poste est mon premier poste en tant que titulaire, et c’est la première fois que j’enseigne en milieu rural. D’emblée, je sais et je comprends le manque de confiance que les parents peuvent ressentir. Il est légitime. Donc je pars du principe que ce n’est pas une question de personne, vis-à-vis de moi. Je me protège aussi en me disant que le temps va faire les choses. Il faut dire aussi qu’avant d’être enseignant, j’ai voulu travailler en sociologie de l’éducation, sur la relation famille-école. Ce que j’ai appris pendant mes années d’étude sur ce sujet m’aide beaucoup, aujourd’hui, à réfléchir sur le métier et à ce que l’on peut appeler des « instants de communication » avec les parents.

Avec Tifenn, en l’occurrence, je savais que la petite avait un stress lors des évaluations. Lors de la rencontre avec les parents de la classe, lors de la première réunion mi-septembre, j’ai éludé pas mal de questions concernant le suivi des programmes. Malgré tout, lorsque j’ai rencontré les parents de cette élève, mi-octobre, ils m’ont dit qu’ils étaient anxieux pour leur fille. Et d’une certaine façon, ils m’ont dit qu’il ne fallait pas que je me plante ! Dès le début de l’année aussi, la maman m’a interrogé sur les créneaux horaires consacrés au sport. J’ai répondu que les créneaux horaires sont préétablis. Et puis j’ai constaté qu’elle avait corrigé le cahier de sa fille, une fois, parce que j’ai une classe double-niveau, et je corrige chacun une semaine sur deux. Cela dit, je me répète, pour moi, ce manque de confiance pour un nouvel enseignant est légitime.

Lorsque nous nous sommes rencontrés, l’objet était bien le stress de leur fille. Les parents ont commencé à me dire que Tifenn est très timide. De mon côté, j’ai valorisé son parcours, tout ce qu’elle réussit bien en classe. Mais ils revenaient beaucoup sur les difficultés de leur fille. Ils pensaient qu’elle avait besoin du temps de soutien scolaire, alors que ce n’est pas le cas. Au final, je pense que ce rendez-vous a été important pour dire que tout se passe bien. L’échange a été fructueux, je pense. J’ai fonctionné par item : on a abordé le ressenti des parents, vis-à-vis de l’épanouissement de leur fille en tant qu’élève, et les aspects scolaires. »

> L’analyse de la situation :

Merci aux médiatrices de l’Apel 35 pour ce jeu de « regards croisés » : je pose mon regard d’enseignante (en vert) ; elles posent leur diagnostic, en référence aux cas similaires qu’elles rencontrent.

* côté enseignants :

la passation des informations entre collègues permet au nouvel enseignant d’accueillir au mieux l’élève ; les parents sentent ce lien, qui participe à l’instauration de la confiance. Pour les parents, c’est très positif : il y a individualisation de l’élève, prise en compte de chacun.

l’écoute, sans jugement, s’accompagne d’une volonté de rassurer : Paul a écouté les questions, et répondu précisément. Neutralité et bienveillance.

une posture : Paul situe le manque de confiance comme « légitime », « non lié à sa personne. » En restant dans le champ professionnel, il fait en sorte de ne pas douter de lui-même. L’enseignant n’est pas déstabilisé, il est en capacité d’accueillir les réticences manifestées de prime abord par les familles.

* côté parents :

les parents interviewés disent clairement qu’ils n’ont pas confiance (en début d’année), mais ils ne désapprouvent pas le travail fait. En d’autres termes, ils n’ont pas de défiance. Ils questionnent, simplement, les choix, la méthode, dans l’objectif de comprendre pour être rassurés. Cette maman, qui témoigne, montre l’importance de l’investissement parental, sans tomber dans le « surinvestissement » du suivi de la scolarité.

ils observent d’abord et avant tout le comportement de leur fille : elle s’épanouit, elle va bien, et cela les rassure.

ils savent dire que les choses vont bien ; ils savent changer de point de vue. Le dialogue a permis l’instauration de la confiance.

L'avis d'expert" de l'Apel 35 > des clefs pour instaurer le dialogue dans cette situation :

Côté parents :

– Laisser une période « d’accoutumance » à chacun pour prendre ses marques: élève et enseignant.

– Se dire que pour préparer le changement et favoriser l’adaptation vers le collège, l’élève doit aussi s’habituer à changer d’enseignant au cours de sa scolarité.

– Etre attentif à ne pas projeter sur son enfant de l’anxiété et des craintes qui ne sont pas toujours fondées.

Côté enseignants :

– Rassurer la famille et prendre en compte la personne de l’élève.

– Se conforter en tant que professionnel et réconforter la famille sur la méthode pédagogique choisie

L’expression à retenir et l’attitude à favoriser : les « instants de communication » avec les parents.

Création du visuel : Florilège – http://www.florilege6.blogspot.fr/

Rédaction : Florence Raguenez

Dialogue parents-enseignants : problème de répartitions d’élèves…

Dialogue parents-enseignants : situations de blocage et témoignages

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Traiter de la relation parents-enseignants me semble une évolution naturelle de ce blog : avoir pour objectif de mieux faire connaître le métier vise aussi à faciliter le lien entre les adultes qui œuvrent autour de chaque enfant. Je m’aventure cependant dans ce nouveau sujet avec prudence. Car si la pédagogie s’appuie sur des techniques, les relations humaines s’expliquent, certes, mais se lient souvent au-delà des mots.

Formidable constat : au hasard des rencontres, et grâce à une association de parents d’élèves qui a relayé ma proposition, quelques parents et quelques enseignants m’ont dit leur envie de témoigner d’une situation de dialogue d’abord tendu, puis dénoué. Et comme vous pourrez le découvrir au fil des témoignages à venir, ces expériences sont transposables ; elles peuvent donc aider à dédramatiser des incompréhensions que l’on pense isolées, individuelles.

Pour les témoignages qui suivent, et au fil des situations qui seront évoquées dans les mois qui viennent, je vous propose une nouvelle déclinaison. Les propos du parent seront distincts de ceux de l’enseignant : chacun explique pourquoi le dialogue s’est rompu, et comment et à quel moment il s’est renoué. Certains mots peuvent être durs, et je ne les lisserai pas : ils révèlent la force de l’émotion ressentie. De fait, ces témoignages seront anonymes –mais parents et enseignants témoins se connaissent-. A la suite de ces témoignages, les médiatrices de l’Apel 35 poseront quelques mots pour donner du champ à chaque situation et et dégager des clefs transposables.

                        Un très grand merci à chacun pour la confiance accordée.

                                                Et bonne lecture à vous lecteurs !

                                                                          Florence

Situation – problème numéro 1 : répartition d’élèves dans une classe double niveau.

Résumé de la situation : un groupe de CE2 est divisé en deux : 18 élèves sont dans une classe de CE2 – CM1 ; les 6 autres sont intégrés dans une classe de CE1-CE2, avec Anne pour enseignante.

Témoignage d’Anne, enseignante, chef d’établissement.

« On savait que forcément, ce serait un sujet compliqué »

picto_rencontre2« Cette année, la répartition des élèves a été un sujet particulièrement compliqué. D’une part parce que nous n’avions que des cours uniques l’année précédente, mais aussi parce qu’il a fallu séparer un groupe de CE2, et un groupe de Grande section en 4 groupes, du fait de notre fonctionnement sur deux écoles en regroupement pédagogique. Après 3 mois de réflexion en équipe, on a statué.

9 mois après, j’ai encore exactement en tête les effectifs, les arguments, et notre cheminement pour prendre notre décision. Nous avons pensé en termes de besoins pédagogiques pour chaque élève, mais aussi en termes de camaraderies, et aussi en termes d’équilibre de classe… mais on savait que, forcément, ce serait un sujet compliqué avec les familles.

Nous avons donné la répartition, un vendredi soir, début juin. Dès le lendemain, j’ai reçu un mail d’une maman : mail très cordial, mais qui s’inquiétait d’un double niveau. Une autre maman, Me XX (qui témoigne ci-après), est venue me voir directement, et le rendez-vous a été fixé entre elle, son mari et moi, rapidement. C’est une maman très cordiale, très ouverte, mais j’ai senti un froid… Pendant l’échange avec ces deux parents, j’ai fini par dire que je pouvais aussi entendre leur crainte comme un manque de confiance vis-à-vis de mon travail. Je pense que c’est un argument qui a porté. Au fond, j’ai compris que ce n’était pas cela le problème, mais moi je pouvais l’entendre comme ça aussi !

Je les ai rassurés, aussi, parce que leur enfant est un enfant « moteur » dans le groupe classe. J’ai expliqué que ce serait bien pour lui, qui est réservé, d’être dans ce petit groupe, parce que je serai plus avec chacun d’entre eux. J’ai aussi bien expliqué le pourquoi de cette répartition, en listant les différents critères, et en expliquant que c’est une décision collective réfléchie.

Pendant ce rendez-vous, j’ai senti que les choses s’apaisaient. Je n’ai sans doute pas eu réponse à tout… mais je crois qu’il y a eu une écoute réciproque. Et puis, j’ai expliqué au mieux, et je leur ai demandé de me faire confiance. Pour autant, j’ai été sur le qui-vive jusqu’à la réunion de parents. Ce soir-là, j’ai senti des acquiescements, même si notre organisation de réunion n’était pas parfaite. Avec ma collègue, nous avons pensé que ce serait bien de faire une seule réunion pour tout ce groupe de CE2. Or nous n’avons pas le même fonctionnement… Nous avons voulu montrer que nous travaillons ensemble… mais ça été un « flop » de notre part ! Dès le lendemain, j’ai envoyé un mail aux parents, pour leur dire que l’on peut les rencontrer individuellement.

Personnellement, je reconnais que ces difficultés autour de la répartition des élèves m’ont perturbée, une nuit ou deux. Mais j’ai appris à prendre du recul, avec ma fonction de chef d’établissement. Ce qui m’aide à relativiser, c’est le fait que cette décision soit réfléchie, appuyée et approuvée par toute l’équipe. Donc je sais que notre proposition est justifiée. Et puis j’ai senti le rôle de l’Apel, l’association de parents. Ils ont su dire autour d’eux que l’on pouvait nous faire confiance. Cela dit, je pense que certains parents sont encore un peu en retrait. Mais je ne sais pas pourquoi. Ce n’est peut-être pas à cause de cette répartition.»

 Témoignage de Véronique, maman d’élève.

« On a d’abord été en colère… et puis on s’est dit qu’il fallait trouver du positif pour notre fils…»

picto_rencontre« Lorsque nous avons reçu la répartition des élèves, début juin et un vendredi soir, on l’a d’abord relue deux fois. On a été un peu surpris de l’avoir aussi tôt, parce que ce n’était pas comme ça les autres années. Et puis, les deux écoles du RPI (regroupement pédagogique) n’ont pas présenté les répartitions de la même manière… donc on s’est questionné, en se demandant s’il n’y avait pas une erreur. Et puis là, mon mari et moi, on a vu que notre fils se retrouvait dans un tout petit groupe : 6 élèves de CE2, avec des CE1, en restant avec la même enseignante que l’an dernier. Alors que les autres élèves de CE2 partaient en CE2-CM1.

On n’était pas content du tout ! En plus, les enfants avaient compris qu’ils seraient tous dans la même classe, avec une autre enseignante. Et puis, quand on avait fait le point avec l’enseignante en cours d’année, elle nous avait dit qu’il n’y avait pas de souci. Donc pourquoi le laisser avec les CE1, alors que quasiment tous les autres CE2 allaient avec des CM1 ?

On a maudit l’école, on était en colère… On a appelé les parents des copains de notre fils, et on était remontés à bloc. Après coup, je crois qu’on s’est un peu monté le bourrichon ! On trouvait ça pas normal, et pas sympa, parce que nous avons su, aussi, faire des efforts à d’autres moments. Par exemple, il y a quelques années, on a accepté que notre enfant soit scolarisé dans l’autre école du RPI pour arranger les répartitions, quitte à faire les trajets pendant 3 mois parce qu’à l’époque il était trop jeune pour prendre le transport scolaire. On a eu l’impression d’avoir rendu un service, et qu’il n’y a pas de retour.

Pour tout dire, du vendredi soir où on a reçu la répartition, au samedi soir, on a vu que le négatif. Il faut dire aussi qu’on avait entamé un suivi psychologique pour notre enfant, qui manquait de confiance en lui. On a eu peur que le fait de rester dans la même classe, avec la même enseignante, lui fasse à nouveau perdre confiance.

Et puis, le dimanche, une autre maman nous a transféré un mail qu’elle avait envoyé le samedi matin, et la réponse de l’enseignante : on a compris que la répartition ne changerait pas… Alors on s’est dit qu’il fallait absolument qu’on y trouve quelque chose de positif pour notre fils, pour ne pas le mettre en difficulté. En fait, on a essayé de contrebalancer notre raisonnement pour trouver tous les points positifs.

Les choses ont évolué dès le lundi. Du côté des enfants, Anne a pris un temps pour expliquer les choses, pour dire que ce n’était pas un « redoublement »… Et puis nous, adultes, nous avons eu un rendez-vous rapidement, puisqu’il était déjà fixé avant pour faire un point. On lui a dit : « Heureusement qu’on a eu le week-end pour se calmer, sinon on vous aurait incendiée ! On a eu le temps de se mettre en colère, et de se calmer. » On a dit notre colère, notre incompréhension, notre sentiment d’injustice. Et ça a été un échange très libre avec elle. On a listé toutes les inquiétudes qu’on avait. Elle a bien écouté toutes nos craintes, et elle nous a tout expliqué, et vraiment, notre incompréhension s’est calmée pendant cette discussion avec elle.

On lui a dit : « On fait le choix de vous faire confiance. » On s’est sentis écoutés, donc on s’est dit qu’elle allait tenir compte de ce qu’on avait dit. Cela nous a rassurés, apaisés.

Je dois dire aussi que toutes nos réflexions, nos coups de colères, mon mari et moi, on les a eus quand notre enfant ne pouvait pas nous entendre. Aujourd’hui, il n’a entendu que du positif sur cette répartition. Donc lui, il en parle en positif. Mais je dois dire aussi que j’ai entendu une autre maman dire que le groupe de 6 est un groupe en difficultés. Et là, moi et d’autres mamans, on a réagi, pour resituer.

Aujourd’hui, évidemment, on discute de tout cela avec des amis. Et on constate que les élèves apprennent la même chose dans les deux classes, mais que la façon de travailler est parfois différente. Et le groupe de copains n’est pas cassé, parce qu’ils se retrouvent en récréation. Donc tout se déroule bien. Et puis il y a un bon dialogue avec l’enseignante, donc on peut se dire les choses. »

Avis d’expert > relecture de la situation par les médiatrices de l’Apel 35.

« Cette situation est typique des cas de blocages que nous pouvons aider à résoudre. Voici donc quelques clefs de compréhension transposables à toute situation similaire. L’objectif étant d’analyser ce qui crée le blocage, et de penser dans l’intérêt de l’enfant.

Aux parents, nous conseillons :

Chacun a le droit de manifester une incompréhension ou une colère, mais il faut tout faire pour analyser ces émotions qui quelquefois déforment la réalité et dramatisent la situation au-delà du raisonnable. Pour cela, nous posons les questions suivantes : est-ce l’enfant qui exprime des craintes légitimes… ou est-ce la famille qui exprime des réticences ? Dans ce cas, sur quoi sont-elles fondées ? Et vis-à-vis de qui ?

– Nous conseillons toujours de se recentrer sur la situation qui fait nœud : pourquoi à un moment donné, un sujet simple est devenu « un sujet compliqué » et source de tension entre école et familles ?

– Il faut faire en sorte d’estimer et de réajuster l’ampleur des projections parentales sur l’enfant -parce que dans le fond, les parents veulent bien faire et accompagner leur enfant le mieux possible dans sa scolarité-.

– Pour finir, nous répétons à tous les parents qu’il faut accorder sa confiance à l’école qui met tout en œuvre au service de chaque élève

Nous conseillons aux enseignants

– …d’expliquer les raisons de ce choix de répartition qui ont été pensées et élaborées par l’équipe pédagogique selon des critères précis et non aléatoires. Ne pas chercher à tout justifier pour autant : une répartition est un acte posé et réfléchi sur lequel on ne revient pas. Et il est intéressant de s’appuyer sur un exemple similaire qui fonctionne très bien dans une autre école.

– De rassurer la famille et l’enfant, et de permettre aux parents de prendre conscience (chacun dans son rôle), que l’enfant est prêt à ce changement qui n’est pas du tout vécu comme une sanction. Il peut d’ailleurs être intéressant de l’interroger, si besoin, sur ce qu’il pense et ressent.

Aux parents et aux enseignants :

Nous conseillons de mettre des mots sur le ressenti de chacun, afin d’ouvrir un espace de dialogue pour que les choses se « dégonflent », pour parvenir à dire les choses en toute sincérité, sans jugement, sans agressivité.

Dans le témoignage ci-dessus, la situation s’est dénouée car :

la famille et l’école sont parvenues à établir ou renouer un dialogue, à entendre les arguments réciproques, à mettre de la confiance dans le discours et à laisser la responsabilité à chaque acteur dans l’intérêt de l’enfant/élève. Et c’est la preuve qu’une situation tendue peut évoluer de manière positive !… »

Textes recueillis par Florence Raguenez
Création visuel : FLORILEGE